Perspectives Économiques – Le Groupe Public Algérien Sonatrach, Futur Acteur Majeur de l’Approvisionnement Européen en Hydrogène !

L’Europe fait face à un véritable casse-tête pour constituer des réserves de gaz naturel afin d’éviter une crise énergétique durant le prochain hiver. Ce dilemme accentué par la baisse de flux en provenance de Russie et par des expéditions américaines sur le point de stagner, contribue à une hausse significative des prix du gaz.

Auteur : Fabienne Outar

C’est dans ce contexte compliqué que le groupe Russe Gazprom PJSC a déclaré le 15 Juin 2022, soit un jour après avoir réduit ses exportations de 40%, que les flux via le gazoduc Nord Stream vers l’Allemagne aller encore diminuer !

Notons qu’en 2021, Nord Stream représentait la moitié des approvisionnements russes en gaz vers l’UE.

Pour toute explication, la Société Publique d‘Energie Russe a mis en avant l’arrêt d’un moteur à turbine à la station de compression de Portovaya qui pompe le gaz à travers le gazoduc sous-marin, défaillance due à des retards dans l’opération de maintenance.

Gazprom a déclaré en ce 15 juin 2022 que les débits chuteraient encore plus, à un maximum de 67 millions de mètres cubes par jour et que cette décision prendrait effet aujourd’hui 16 Juin 2022 à 1h30 du matin, heure de Moscou…

Soulignons que ces chiffres représentent 60 % de moins que les 167 millions de mètres cubes de capacité quotidienne prévue avant la guerre d’Ukraine.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’Europe s’est engagée à mettre fin à sa dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles russes d’ici 2027 et a décidé de réduire la plupart de ses achats de pétrole russe d’ici la fin de l’année, pour « une énergie plus abordable, plus sûre et plus durable ».

De la difficulté à trouver des fournisseurs.

Sauf que depuis, l’UE éprouve la plus grande des difficultés à trouver un remplaçant à la fourniture de gaz dont la plus grande partie arrive par pipeline plutôt que par bateau.

Ce n’est certainement pas les récents contrats avec le Qatar ou les protocoles d’accords signés entre l’Union Européenne l’Egypte et Israel pour des approvisionnements en GNL qui vont changer la donne…

Les experts affirment que l’approvisionnement d’Israël, extrait de trois gisements de gaz offshore méditerranéens, sera loin d’être à la hauteur de la capacité russe.

Israël produit environ 12 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, alors qu’en 2021 l’Union européenne a importé 155 milliards de mètres cubes de gaz naturel de Russie, ce qui représente environ 45 % des importations de gaz de l’UE !

Gazprom Réduit son Approvisionnement à l’Italie

Le groupe russe Gazprom vient par ailleurs d’abaisser de 15 % le volume de gaz envoyé vers l’Italie, sans fournir une explication à cette réduction avait indiqué la Compagnie italienne de gaz et de pétrole Eni SpA, plus grand importateur de gaz russe du pays.

L’Italie, qui représente la troisième économie de la zone euro, dépendait fortement du gaz russe avant l’invasion de l’Ukraine, qui représentait environ 40 % de ses besoins.

On comprend aisément pourquoi Rome a dépêché ses plus hauts représentants pour réduire cette dépendance et tenter de compenser les importations en provenance de Russie.

Celles-ci ont diminué de trois quarts depuis le mois de Mars, selon les données de Snam SpA qui gère le principal réseau de distribution de gaz d’Italie.

Le Premier ministre italien Mario Draghi et son ministre des affaires étrangères, Luigi Di Maio, qu’accompagne souvent le directeur général d’Eni, n’ont cessé de sillonner l’Afrique depuis le début de la guerre à la recherche d’accords pour assurer et augmenter leurs approvisionnements.

Eni et Snam achètent des parts du Pipeline Algérien

Pour rappel, en novembre 2021, les sociétés italiennes Eni SpA et Snam SpA ont conclu un accord par lequel cette dernière s’est engagée à acheter une participation de 49,9 % dans des sociétés exploitant deux pipelines reliant l’Algérie et l’Italie via la Tunisie.

Parmi les autres efforts fournis par le gouvernement italien pour contrer les risques d’une rupture d’approvisionnement en Gaz, Snam a décidé d’acquérir un terminal flottant de regazéification de gaz naturel liquéfié qui sera opérationnel en 2023.

Une deuxième installation flottante devrait être mise en service en 2024. Mais cela sera-t-il suffisant ?

Défaillances Américaines

Un incendie dans une importante usine d’exportation de gaz naturel liquéfié au Texas va certainement entraîner à court terme une probable baisse des expéditions transatlantiques de carburant pour le reste de l’année.

Freeport LNG, le propriétaire de l’installation américaine qui représente environ un cinquième de la capacité d’exportation de GNL des États-Unis, a déclaré le 14 Juin 2022 qu’il visait un redémarrage partiel dans 90 jours, mais qu’il ne pourra pas fonctionner à pleine vitesse avant la fin de cette année.

C’est justement Freeport, dont 70 % des exportations GNL étaient réservés à l’Europe, qui a fourni à l’Europe 30 millions de mètres cubes de gaz par jour en mai, répondant ainsi à 2,5% de la demande du continent, selon les analystes de Rystad Energy !

C’est dire que les choses peuvent très vite se compliquer et les perspectives s’assombrir sans une vision claire sur les enjeux et les décisions futures en matière de sécurité énergétique.

En même temps, on observe un intérêt croissant du monde occidental pour le commerce international de l’hydrogène depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Perspectives Futures et Hydrogène

L’importance de l’hydrogène, en tant que solution future au problème des énergies fossiles, est rendue encore plus populaire par les sociétés occidentales, très impliquées dans la décarbonisation de l’économie mondiale.

Cette démarche de remplacement à terme s’inscrit dans une double stratégie européenne d’allégement de sa dépendance vis-à-vis des importations russes et de transition vers des sources d’énergie autres que celles d’hydrocarbures.

Aussi, à moyen et long terme l’Algérie devrait penser à promouvoir l’hydrogène comme énergie d’exportation pour l’Europe.

Certes les réseaux de pipe-line existants exigeront qu’une proportion importante des gazoducs actuels soient réaffectés au transport de mélanges d’hydrogène ou d’hydrogène pur. Les nouveaux terminaux d’importation nécessiteraient également de nouveaux gazoducs.

Toutefois, en raison des propriétés différentes de l’hydrogène et du gaz naturel, les réseaux de gazoducs existants ne seront probablement pas en mesure de transporter toute la quantité d’hydrogène nécessaire pour atteindre les objectifs de décarbonisation de l’Europe.

En effet, l’analyse technique conclut qu’un plafond de mélange de 20 % est probablement le maximum approprié pour la plupart des infrastructures existantes.

L’Algérie Futur Fournisseur d’Hydrogène

Ainsi, les futurs pipelines internationaux sous-marins et terrestres des pays exportateurs d’hydrogène seraient le meilleur moyen d’éviter la construction de terminaux d’importation et d’infrastructures connexes.

A ce titre, l’Algérie a déjà exprimé son intention de commencer à mélanger de l’hydrogène dans le gaz naturel qu’elle exporte vers l’Europe, y compris par gazoduc, dans le but ultime de remplacer complètement ce mélange gazeux par de l’hydrogène.

L’Italie, envisage d’ores et déjà des importations potentielles d’hydrogène depuis l’Algérie et la Tunisie via un pipeline stratégique, dans le but de sécuriser son approvisionnement, tout en permettant des initiatives de développement potentielles au sein de la chaîne de valeur de l’hydrogène en zone Afrique du Nord.

Ainsi, l’Algérie sera un acteur incontournable du projet de la Dorsale Européenne de l’Hydrogène constitué de cinq futurs principaux corridors d’approvisionnement en hydrogène :

Corridor A : Afrique du Nord et Europe du Sud, Corridor B : Europe du Sud-Ouest et Afrique du Nord, Corridor C : Mer du Nord et Corridor D : Régions nordiques et baltiques et enfin le Corridor E : Europe de l’Est et du Sud-Est.

 

Ecrivez à Fabienne Outar : fabienne.outar@protonmail.com

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