Ces Dizaines de Millions de Dollars Illégalement Transférés à l’Etranger par Linde Gas Algérie !

L’Algérie dispose de trois grands producteurs de gaz médicaux, à savoir, Linde Gaz Algérie (LGA), Sidal (ex-Air liquide) et le nouvel arrivant Calgaz Algérie. Toutefois, LGA détient le quasi-monopole de l’oxygène médical de tous les Hôpitaux publics sur le territoire algérien.

L’entreprise « Linde Gaz Algerie » (LGA) est le fruit de la vente en 2007 de l’ex Entreprise Nationale des Gaz Industriels (ENGI) au groupe LINDE, multinationale chimique mondiale fondée en Allemagne, qui détient 66% des parts de LGA alors que l’actionnaire algérien, le Holding Algeria Chemical Specialities (ACS), dispose des 34% restants.

Linde Gas Algérie se charge de produire, distribuer et de commercialiser les gaz industriels et médicaux à travers ses 9 sites de production.

Ainsi, au mois de Juillet 2021, LGA a pu mettre sur le marché, en collaboration avec d’autres opérateurs économiques activant dans le domaine des gaz, plus de 5 millions de litres d’oxygène médical pour faire face à la demande élevée des établissements sanitaires durant la crise du Covid !

Cette entreprise de droit algérien qui emploie plus de 550 employés et qui dispose de 10 unités de production dans tout le pays, est pourtant dirigée d’une manière surprenante.

L’entreprise vis au rythme de multiples licenciements et départs de compétences à l’image de l’ex Directeur des Ressources humaines, de l’ex PDG Hichem Chorfi au mois de Novembre 2020, celle du Directeur commercial Haffaf Abdelkader qu’on a poussé au départ ou encore le Directeur financier également soumis à de fortes pressions pour déposer sa démission, comme son prédécesseur en 2020.

Hicham Chorfi – Ex PDG de Linde Gas Algérie

Ces derniers jours c’est au tour du responsable de production Zakaria Aidoud, un jeune cadre issu des grandes écoles algérienne d’ingénieurs, diplômé en recherche opérationnelle qui est sur le point d’être licencié par la Directrice des Ressources Humaines de l’entreprise et responsable, selon nos informations, de graves dépassements dans sa gestion.

« Mr Chorfi est arrivé pour redresser la société et si on l’a limogé c’est uniquement parce qu’il gênait beaucoup d’intérêts » Nous affirmera une source au niveau d l’actionnaire algérien de LGA.

Hicham Chorfi, ancien cadre à la Sonatrach durant 14 Années ou il a fini Manager des Opérations à Hassi Messaoud, avant de devenir PDG de Baker Hughes Algérie et un détour par Dubai, a rejoint Linde Gas Algérie en début d’année 2019.

Durant notre enquête, nous avons effectivement pu constater que ce dernier s’était attaqué à des problèmes touchant la corruption, les prix, les recrutements abusifs et le transfert de dividendes par la partie allemande.

Soulignons qu’en 2011, le groupe allemand de gaz industriels Linde AG avait accepté de verser la somme de 35 millions au titre de paiement compensatoire pour des soupçons de corruption, et d’avantages économiques obtenus grâce à la conduite illégale de tiers.

En 2017, le groupe Linde a accepté de payer 11,2 Millions de dollars aux Etats Unis pour des affaires de corruption qui auraient eu lieu entre 2006 et 2009 et impliquant des fonctionnaires d’un état étranger, la Géorgie en l’occurrence.

En 2013, plusieurs des cadres de LGA avaient été auditionnés en Algérie par les services de sécurité dans le cadre d’une enquête ouverte sur des informations portant sur le transfert illégal de dividendes. Et cela continue…

Depuis 2007, comme nous avons pu le vérifier durant notre enquête, Linde Gas Algérie cède aux hôpitaux publics l’oxygène médicale à des prix différents et au-delà du prix administré !

En effet, les gaz médicaux sont considérés comme un médicament conformément à la loi, et leur prix est règlementé et plafonné par décision d’enregistrement.

Nous avons pu vérifier des factures de ventes que certains établissements hospitaliers nous ont fait parvenir et avons pu obtenir, par le biais du Ministère de la Santé, la dernière autorisation fixant le prix de vente du litre d’oxygène liquide.

L’autorisation administrative délivrée par les services du Ministère de la Santé afin de pouvoir mettre un médicament sur le marché algériens (l’AMM) fixe le prix de l’O² liquide à 30 DA, en plus d’une marge maximale autorisée de 20% selon les textes de loi.

Comme vous pouvez le constater, la dernière AMM à LGA signée en 2018 concerne uniquement l’oxygène liquide !

Sur les nombreuses factures qu’on a pu obtenir, nous avons constaté que le prix de l’oxygène médical liquide de LGA s’établissait à 70 Dinars le litre, parfois 65 Dinars le litre, alors que d’autres hôpitaux le payaient plus de 70 Dinars le litre.

A titre d’exemple, l’Etablissement hospitalier de Miliana dans la Wilaya de Ain-Defla a acquis l’Oxygène liquide de Linde Gas Algérie à 65 DA au mois de Février 2019 !

La polyclinique de Damous, dans la Wilaya de Tipaza a payé le même produit délivré par LGA le 31 Décembre 2019 à 70 Da le litre.

L’Etablissement Public Hospitalier de Remchi, dans la Wilaya de Tlemcen, a acquis à la même date et au même prix l’O² liquide de Linde Gas.

L’Etablissement Public Hospitalier de Boufarik, dans la Wilaya de Blida, s’est vu facturer l’Oxygène liquide au mois de Janvier 2021 à 70 Da le litre. Et c’est ainsi pour l’Hôpital Parnet à Alger ou des dizaines d’autres établissements au Centre, à l’Est, à l’Ouest et au Sud…

Selon nos informations, LGA a même facturé jusqu’à 80 dinars le litre certains de ses établissements hospitaliers…

Pour les autres produits médicaux tel que l’oxygène gazeux en bouteille, le protoxyde d’azote, le CO2 et l’azote médicaux, LGA n’a jamais disposé d’autorisation délivrés par les autorités algériennes pour la mise sur le marché…

Ces produits sont donc vendus illégalement et à des prix excessifs, LGA profitant d’une situation de quasi-monopole depuis 2007 et du laxisme de tous nos responsables devant une pratique aussi immorale qu’illégale et qui constitue un véritable hold-up financier !

En effet, Linde Gas Algérie vend en moyenne 3 à 3.5 millions de litre d’oxygène médical liquide par mois et comme nous l’indiquions plus haut, pendant le Covid ce volume avait même atteint les 5 millions de litres. Toutefois, la moyenne annuelle de production d’oxygène liquide s’établit entre 30 et 35 millions de litre !

Si on fait un rapide calcul sur les 6 dernières années, on constate que l’écart surfacturé (Moyenne basse de 30 DA) s’élèverait à près de 6 milliards de dinars (pour une moyenne de 33 Millions de litres vendus), soit l’équivalent de près de 40 millions de dollars durant cette période ! Et c’est là une estimation très prudente.

« Pour être plus concret, Linde Gas Algérie arrive à transférer en dividendes, l’équivalent du chiffre d’affaires annuel généré ! » Nous expliquera notre source.

C’est ainsi que Linde Gas Algérie, ou l’Etat est actionnaire, transfère depuis des années des millions de dollars à l’étranger, en surfacturant un produit au prix administré à des établissements publics…

C’est en s’attaquant à ce problème durant la crise du Covid, que Chorfi a été contraint par sa hiérarchie de céder sa place à la tête de LGA à Ahmed Djafar Marouf, l’ex directeur juridique de LGA, sans réelles compétences dans la gestion d’entreprises de cette envergure.

Ahmed Djafar Marouf – PDG de Linde Gas Algérie

Maarouf, licencié en droit, a entamé sa carrière en étant conseiller clientèle chez Djezzy en 2001, avant de grimper au poste de Manager dans le service juridique après 10 Années.

En Octobre 2015 il rejoint l’entreprise pharmaceutique Hikma en qualité de responsable des affaires juridiques, puis la quitte en 2019 pour Linde Gas Algérie ou il sera embauché en qualité du département juridique.

C’est donc tout naturellement la nouvelle Directrice des Ressources Humaines : Madame Masmoudi Samira, qui a pris de fait la direction réelle de l’entreprise face à un PDG jugé trop mou et manquant cruellement de compétences pour ce poste, elle dont on dit qu’elle serait proche des Allemands, et soutenue par des responsables de la partie algérienne de l’actionnariat.

Samira Masmoudi – DRH Linde Gas Algérie

« C’est elle qui décide de tout et qui limoge n’importe quel cadre qui veut travailler proprement, ou qui veut s’opposer aux graves entraves à la législation » Nous déclarera un cadre de la Holding ACS

Nous avons effectivement pu vérifier que celle qui dispose d’un diplôme de management de ressources humaines acquis en 2013, jouit d’une totale impunité.

Masmoudi n’a pu justifier de nombreux écarts à la législation relevés lors de l’Audit menée par les services du Ministère de l’industrie.

Elle n’a pas su convaincre les responsables de la tutelle sur les raisons qui l’ont poussé à rencontrer des fournisseurs, en dehors de toutes prérogatives. Ni pourquoi elle se réunissait avec eux en dehors de l’entreprise, préférant des rencontres dans des hôtels.

Tout comme elle n’a pu justifier pour quelles raisons elle avait décidé de passer des postes en sous-traitance, alors qu’il s’agissait de postes définitifs budgétés et justifiés…

Et là encore, aucune des personnes au sein de l’équipe algérienne actionnaire de LGA, n’a dénoncé cette situation.

Il en va ainsi des deux hauts responsables algériens présents dans le conseil d’administration de Linde Gas Algérie. Ni Ali Hached, ex vice-président de Sonatrach et actuellement conseiller du PDG de Sonatrach Toufik Hakkar, Ni Djamel Meslem, ex directeur centrale de LGA, en retraite depuis 2019 après 30 années de service, n’ont entrepris une quelconque action pour s’opposer à cet état de fait…

Abdelghani Benbetka _ PDG d’ACS

Ni même le PDG d’ACS, abdelghani Benbetka, représentant du ministère de l’industrie, qui ne s’est, lui non plus, jamais opposé à la surfacturation illégale et au transfert de dividendes de la partie allemande vers l’étranger…

Il y a quelques jours, Benbetka s’est réuni à l’hôtel SOFITEL avec un représentant de Linde Group, Oliver Pfann, Président des régions de l’Europe de l’Est et du Moyen Orient, venu à Alger pour accélérer le transfert des dividendes qui s’élèveraient, selon nos informations à plus de 22 millions de Dollars…

Pourquoi les réunions de travail, à l’instar de celles de Samira Masmoudi, se passent-elles dans les hôtels et pas dans l’entreprise ? Etrange…

En retraite depuis 2017, Aziz Ferhani, ex Directeur de Production avec 32 ans d’expérience dans l’entreprise est celui qui a supervisé la construction et la mise en route des usines de LGA à Arzew et Reghaia.

Aujourd’hui Assistant du DG, il est mieux placé que quiconque pour savoir que ces deux unités de production ne fonctionnent pas selon les capacités prévues dans le contrat de vente, sans jamais y remédier ou dénoncer ce qui se trame au sein de cette entreprise…

« Comme mentionné dans le contrat de vente de l’ENGI en 2007, les allemands n’ont pas respecté la clause de formation du personnel algérien » s’est indigné une source du Ministère de l’Industrie contacté par nos soins.

Pour rappel, la filiale locale du groupe allemand s’était engagée à investir 50 millions d’euros sur une période de cinq ans.

Des pratiques d’autant surprenantes de la part du prestigieux investisseur industriel allemand, dont on connait tous la rigueur, et qui affiche sur son site internet un code d’intégrité qui « s’applique à chaque collaborateur de Linde, y compris les directeurs et les cadres dirigeants, tous les employés, et ce, également dans toutes les succursales et filiales dont Linde détient la majorité dans le monde »

Selon ce code, « un comportement éthique est non seulement bon du point de vue de la morale et du droit, mais il est aussi bon pour les affaires. Notre code d’intégrité professionnelle indique comment les employés de Linde doivent se comporter entre eux et avec les clients, les fournisseurs, les autorités, les autres entreprises et l’environnement. »

Le point 5.2 du code est encore plus explicite : « Nous exerçons une concurrence loyale en soutenant une concurrence vigoureuse, légale et éthique, Linde respecte les règles de concurrence et les lois antitrust partout où nous faisons des affaires. Nous ne nous engageons pas dans un comportement anticoncurrentiel ou une inconduite. »

Nous avons contacté par mail Fabricio Nunes, responsable de la conformité au sein du groupe d’origine allemande. Nos questions concernant les faits soulevés dans notre enquête sont restées sans suite…

Voilà comment le Trésor public et les contribuables algériens se voient dépouillés de dizaines de millions de Dollars, avec la complicité de ceux qui ont mandat pour développer ou protéger l’économie nationale. Et ça continuera tant que ce régime perdurera.

Pauvre Algérie…

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