Scandale du Sel Non Iodé – L’Etat, Responsable de la Prolifération du Goitre en Algérie !

L’Entreprise Publique Economique Enasel, filiale du groupe Manadjim el Djazaïr (MANAL), est une société par action au capital social de 504.000.000 DA. Cette société est le plus grand opérateur algérien dans la production et la commercialisation de sel alimentaire et industriel.

Située à Constantine, l’entreprise emploie près de 1200 personnes et compte plusieurs unités de production et de distribution pour une production annuelle totale dépassant les 350 000 tonnes de sel, ainsi que des exportations supérieures à 50 000 tonnes, vers la France, les Pays-Bas ou encore l’Espagne.

Le sel produit par Enasel est essentiellement destiné à l’alimentaire, l’agriculture, la cosmétique, l’industrie, le traitement de l’eau et le déneigement ou encore la pharmacie.

A titre d’information, en décembre 2021, le Ministre de l’Industrie Pharmaceutique a récemment supervisé la signature d’un Mémorandum d’entente entre l’établissement pharmaceutique de production « Industries Médico-Chirurgicales IMC » et « l’entreprise nationale des sels ENASEL ».

Ce mémo prévoit l’approvisionnement de matières premières en sel de grade pharmaceutique produit localement par l’Enasel à l’entreprise pharmaceutique IMC pour la fabrication de solutés pour hémodialyse. Ce qui économiserait la facture d’importation en matière première pharmaceutique de l’ordre de 1.5 million d’euro en 2021.

Toutefois, ce secteur souffre de plusieurs problèmes ayant mené les ventes de sels alimentaire et industriel vers une « baisse durant l’exercice 2020″. Si les raisons avancées par les pouvoirs publics seraient liées aux répercussions de l’épidémie de Covid-19, il est important de signaler une autre cause beaucoup plus grave : la concurrence déloyale subie par l’entreprise nationale de sel.

En effet, en 2020, Enasel a vendu 93 000 tonnes de sels alimentaire et industriel, contre 104 000 tonnes en 2019, « en raison de la diminution de la consommation induite par la fermeture des cantines, restaurants universitaires, fast-food, et même certaines boulangeries suite aux mesures préventives visant à limiter la propagation du coronavirus », avait précisé Nabil Meghlaoui, Directeur Général de l’entreprise.

Ce dernier confirme par ailleurs que le recul des ventes est également dû à une « augmentation de la concurrence déloyale à laquelle est confrontée l’entreprise depuis plusieurs années« .

Il faut dire que de nombreuses entreprises ont investi le marché avec un produit de contrefaçon non conforme mais plus accessible aux ménages et aux industriels. Une grande partie du sel vendu en Algérie se caractérise ainsi par sa faible teneur en iode ou par la présence de métaux lourds néfastes pour la santé des citoyens !

D’autant que les algériens consomment beaucoup de pain, produit avec du sel non iodé par une grande majorité des milliers de boulangeries réparties sur le territoire national.

Pourtant, l’Algérie, à l’instar d’autres pays, avait très tôt adhéré au programme universel d’iodation de sel initié par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans le but d’éliminer les troubles dus à la carence en iode (TDCI).

Conformément au décret exécutif n° 90-40 de 30 janvier 1990, obligation est faite aux producteurs, conditionneurs et distributeurs, de respecter un taux d’iode dans le sel qui ne peut être inférieur à 55 mg/kg ni supérieure à 85 g/kg.

Notons que la carence en iode constitue un problème de santé publique en affectant l’élaboration des hormones thyroïdiennes. Une situation à l’origine d’anomalies congénitales, de crétinisme neurologique, de déficit psychomoteur, d’hypothyroïdie, et surtout de l’apparition d’une hypertrophie thyroïdienne, ou goitre !

Malgré la législation adoptée, le marché algérien est inondé de sels de contrefaçon, à l’emballage similaire à ceux de l’ENASEL dans le but d’induire une confusion chez les consommateurs.

Ce constat est confirmé par plusieurs études menées, dont l’objectif était d’évaluer la teneur en iode dans les sels alimentaires vendus sur le marché national.

Nous apprenons ainsi qu’en 2019, les résultats de certaines recherches universitaires est sans équivoque. Sur 68 échantillons étudiés, seuls environ 17.65% de ces sels serait conforme à la norme en vigueur. En moyenne, la valeur maximale enregistrée a été de 111.13 mg/kg et la valeur minimale de 0 mg/kg !

Les services de commerce de Wilayas jouent-ils leurs rôles et procèdent-ils à des contrôles réguliers des différents sels présents sur le marché ?

En 2020, dans la seule wilaya de Constantine, la Direction de Commerce a effectué plus de 330 interventions de contrôle ayant engendré la saisie de près de 42 tonnes de sels non conformes.

Si le manquement à ces normes est dû dans certains cas à des conditions de conservation et de stockage défectueuses, le plus souvent il est le fruit d’une action délibérée.

Aussi, des poursuites judiciaires ont été établies à l’encontre de plusieurs contrevenants, la plupart étant des conditionneurs de sel issus de la wilaya d’El Oued, des opérateurs connus, détenteurs de registres de commerce et exerçant de manière légale !

Déjà en 2005, 5 tonnes de sel de table non iodé et impropre à la consommation avaient été saisis par les autorités de contrôle de la Wilaya d’Annaba chez trois opérateurs privés, qui s’étaient approvisionnés auprès d’un fournisseur d’El-Hamria, dans la wilaya d’El-Oued.

L’étiquetage sur les sachets de sel saisis mentionnait pourtant la présence de l’iode comme produit de composition…

Pourquoi Oued-Souf ?

Lorsque l’Etat a autorisé la cession aux privés de concessions minières durant les années 90, les producteurs de la région d’Oued-Souf, abritant le grand salin algérien d’une capacité de production de 150 000 Tonnes/an, ont submergé le marché national de leur sel, produit de manière anarchique sans en vérifier la teneur en iode.

Ce comportement irresponsable de certains commerçants, conjugué à l’absence de mesures efficaces mises en place par le gouvernement, assure tristement à l’Algérie de faire partie des 130 pays, sur les 191 recensés, où la carence en iode représente l’une des principales causes de retard et lésions mentales chez l’enfant !

« Certains agents des services de contrôle de Wilaya savaient cela, ils ont laissé faire pour des considérations bien éloignées de la loi et de la morale » Nous affirme un responsable local joint au téléphone.  »A travers eux, l’Etat est complice ! » surenchère-t-il

Selon des statistiques communiquées par le Centre Algérien du Contrôle de la Qualité et de l’Emballage (CACQE), un établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle du Ministère du commerce, le taux de consommation du sel iodé, qui était de 92% en 1995, serait tombé actuellement à près de 68 %.

Dans certaines communes de la Wilaya d’Oum El Bouaghi, le taux de sel adéquatement iodé a reculé en passant de 70,9% à 51,39% en 7 ans.

Au service ORL du CHUO « Dr Benzerdjab » d’Oran, ce seraient plus de 300 cas de dérèglements de la thyroïde qui sont enregistrés chaque année pouvant déboucher vers le cancer de la thyroïde. Et cela affecte de plus en plus fréquemment les jeunes.

Par ailleurs, au niveau de la wilaya de M’sila, une étude prospective a été réalisée, visant à évaluer la teneur en iode dans les sels alimentaires de février à mai 2019. Sur 78 échantillons de sel de différentes marques (locales et importés), les teneurs étaient comprises entre 0 et 146 mg/kg ! Pis encore, 73 % des échantillons n’étaient pas correctement iodés et donc non conformes à la règlementation en vigueur ! Une véritable bombe à retardement…

Une catastrophe sanitaire vécue dans l’Indifférence de l’Etat

L’Association pour la protection et la promotion du consommateur et de son environnement (Apoce) vient de révéler le lourd dossier de la non-conformité des différentes marques de sel de table commercialisées en Algérie, faisant savoir que « 20 marques frauduleuses commercialisées sur le marché algérien, constituent un réel danger pour le consommateur. »

« S’il y a un manque d’iode, il y a forcément un goitre nodulaire et le cancer thyroïdien se trouve dans ce type de goitre nodulaire« , souligne le Professeure Zoubida Serradji, Cheffe de service ORL du CUO « Dr Benzerdjab » d’Oran.

Au service ORL du CHU d’Oran, près de la moitié des patients se présentant pour « des goitres nodulaires » sont diagnostiqués d’un cancer de la Thyroïde.

Quand on sait que chaque patient souffrant de troubles de la thyroïde, coute un minimum de 3 Millions de Dinars à l’Etat, on se demande pourquoi le Gouvernement n’impose pas une autorisation sanitaire aux producteurs, conditionneurs et distributeurs de sel, suivant un cahier de charge stricte avant la mise sur le marché algérien ?

Sauf si pour lui, la santé du citoyen n’est pas une priorité…

Crédit Photo  © Anna Hoychuk

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