L’Etat Algérien, Premier Complice de ce Vaste Trafic International !

Afin de réduire son déficit commercial, le gouvernement algérien avait décidé, en 2017, de réduire l’importation de téléphones mobiles en imposant des licences d’importation, puis dès 2018, d’interdire l’importation de téléphones mobiles et la suppression des avantages liés à l’importation des kits Semi Knocked-Down et Completely Knocked-Down (SKD/CKD) destinés à l’industrie de montage des mobiles en Algérie.

En 2019, l’importation du produit fini ne devait plus être interdite, mais avait vu le mobile taxé à 30% de droits de douane (5% en 2016 !), et de 60 % de Droit Additionnel Provisoire de Sauvegarde à l’importation (DAPS) auquel il faudra rajouter la TVA !

Cette décision a bien évidemment eu de répercussions néfastes sur l’économie nationale.

Tout d’abord pour la filière de montage de téléphonie mobile qui assurait « quelque 6.000 emplois directs et plus de 20.000 indirects » affirmait le Collectif des fabricants de l’électronique, de l’électroménager et des mobiles (Cfeem) en 2019.

L’absence d’offre officielle, privée ou publique, a permis l’émergence d’un large trafic de ventes de téléphones volés ou de seconde main et d’un marché informel de mobiles non homologués et à la qualité douteuse, n’offrant pour l’usager ni fiabilité, ni assurance ou garantie, ni maintenance possible…

Ainsi, pour la seule année 2018, les services des Douanes au niveau du port d’Alger ont saisi plus de 20.000 téléphones mobiles totalisant une valeur marchande de plus 45 millions de Dinars !

On vous laisse imaginer les valeurs en jeu quand on sait que le marché des téléphones mobiles est estimé à plus ou moins 12 millions d’unités annuellement.

Le consommateur a ainsi dû subir le diktat des revendeurs avec leur prix déraisonnables, indexés sur la valeur de la devise au marché parallèle et à celle des marges indécentes et non contrôlées.

L’Etat a pour sa part perdu les droits de douanes et l’ensemble des taxes et impôts liées à la filière d’importation et de montage de téléphones mobiles, alors que les services des impôts étaient dans l’incapacité de récupérer un centime des transactions commerciales effectuées pour la plupart sans factures…

Il faut dire que le  »cabas » a su s’imposer avec une déconcertante facilité dans le paysage économique et technologique algérien, assurant par-là la disponibilité de la majorité des produits vendus sur le territoire algérien, avec la complicité de certains services de douanes et de contrôle.

Mais l’ingéniosité des trafiquants ne s’arrête pas là, puisqu’ils vont réussir à utiliser les circuits de transports officiels pour expédier et inonder le marché avec des milliers de portables grâce à la société de transport de colis et courriers…DHL.

Le principe est simple. Un expéditeur, se trouvant dans une ville comme Dubai, dépose plusieurs dizaines de colis soigneusement emballés et contenant un téléphone par colis dans un bureau DHL. Il va alors noter les coordonnées et les adresses d’un destinataire différent pour chaque téléphone expédié en Algérie.

Avec le suivi d’acheminement en ligne permettant de savoir la date exacte d’arrivée des colis, une personne va alors se présenter aux bureaux de DHL en Algérie pour récupérer l’ensemble des téléphones réceptionnés, et ce grâce à une procuration établie pour chaque destinataire !

Il faut savoir qu’un colis envoyé, contenant un ou deux smartphones pour des personnes physiques, n’est pas à priori destiné à la revente en l’état, et ne fait pas l’objet d’un dédouanement.

 

Mais il faut se rendre à l’évidence, cette opération ne peut être accomplie qu’avec la complicité passive des responsables de DHL, qui auraient dû alerter les services concernés à propos de ce large trafic qui se multiplie sur l’ensemble du territoire tous les jours, et dénoncer les personnes que se sont retrouvées avec plusieurs colis (smartphones et accessoires), soit à leur nom soit au nom de la personne mandatée pour les récupérer, ce qui suggérerait qu’il s’agit en vérité de revendeurs déguisés !

Après plusieurs mois de trafic, les services de douanes ont fini par comprendre le stratagème et ont exigé de DHL de ne plus accepter les procurations, de ne remettre les colis qu’aux seuls destinataires réels qui devront remettre une déclaration sur l’honneur que le téléphone ne sera pas revendu, et surtout de s’être acquittés d’une taxe de 25.000 DA sur chaque colis !

Au mois d’Octobre 2021, un vaste réseau de vol et de trafic de téléphone portable à destination de l’Algérie avait été démantelé en France, grâce à la complicité de stewards de la compagnie Air Algérie qui opéraient à partir de l’Aéroport d’Orly. Pas moins de « 600 téléphones mobiles haut de gamme » avaient ainsi été exportés en 2 mois, « générant un profit de plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois » !

Et dire que la facture d’importation avait atteint 511 millions de dollars, suite à la conversion des importations de produits finis vers l’industrie de montage local (SKD), ce qui faisait encaisser le fisc de plus de 25 Millions de dollars rien qu’en droits de douanes à un taux de 5% !

Depuis ses dernières décisions lumineuses, l’Etat a engrangé l’équivalent de 30% de droits de douanes sur 0 importations… Du Grand Art !

 

Après ce cafouillage criminel, l’Association Professionnelle des Banques et des Etablissement Financiers (ABEF) a envoyé, au mois de Novembre 2021, un courrier à l’ensemble des Banques algériennes les informant de l’annulation de l’ensemble des mesures prises par le gouvernement concernant l’importation de produits de téléphonie mobile en CKD / SKD !

Ces mesures imposaient, en septembre 2019, un nouveau mode de paiement, différé de neuf mois, pour les importations des kits SKD-CKD concernant un ensemble de produits dont les téléphones mobiles, en remplacement du paiement cash…

 

Sauf que cette décision ne changera strictement rien à la filière de montage des téléphones mobiles en Algérie, puisque les kits SKD/CKD sont toujours soumis aux mêmes taxes douanières que les smartphones, soit 30%. Pire encore, les opérateurs devront s’acquitter d’une autre taxe de 60 %.

L’Etat continuera donc à alimenter le vaste trafic qui sévit dans le secteur de la téléphonie mobile, au détriment de l’économie nationale et du citoyen…

Pauvre Algérie !

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