Le Maroc impliqué dans l’un des plus grands scandales d’espionnage de la décennie !

Des organisations de défense des droits humains, des médias, l’Union européenne et des gouvernements s’indignaient lundi 19 juillet 2021 des révélations sur l’espionnage à l’échelle mondiale de militants et de journalistes au moyen du logiciel Pegasus, conçu par l’entreprise israélienne NSO Group, structurellement liée au ministère de la Défense israélien.

En effet, selon les révélations d’un consortium de 17 médias dénommé Forbidden Stories, le Maroc aurait espionné plusieurs milliers de journalistes à travers le monde via un logiciel israélien d’espionnage, dont une trentaine de Français. Rabat aurait sélectionné ses cibles en fonction de leurs prises de position mais aussi de leurs carnets d’adresses dans ce qui s’apparente comme ‘’un scandale d’espionnage d’une ampleur inédite et une attaque frontale contre la liberté d’informer’’.

Forbidden Stories avance que « plus de 10 000 numéros de téléphone ont été sélectionnés en vue d’une possible surveillance par le seul client marocain en l’espace de deux ans ».

Le consortium avance que « la liste de numéros analysée montre qu’au moins 180 journalistes ont été sélectionnés comme cibles avec ce logiciel dans le monde, particulièrement en Inde, au Mexique, au Maroc et en France ».

« Parmi les numéros sélectionnés on trouve également ceux de militants des droits de l’homme, d’universitaires, de syndicalistes, de diplomates, d’hommes et de femmes politiques et de plusieurs chefs d’État », est-il expliqué.

Alors que près de 1 000 Français seraient concernés, le porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal a dénoncé lundi « des faits extrêmement choquants et, s’ils sont avérés, sont extrêmement graves ».

Fondée en 2011, NSO, régulièrement accusée de faire le jeu de régimes autoritaires depuis l’alerte lancée en 2016 par un dissident émirati, Ahmed Mansoor, assure que son logiciel sert uniquement à obtenir des renseignements contre des réseaux criminels ou terroristes.

En 2020, une étude menée par le Citizen Lab de l’université de Toronto au Canada avait confirmé la présence du logiciel Pegasus dans les téléphones de dizaines d’employés de la chaîne qatarie Al-Jazeera. En 2019, WhatsApp avait préalablement reconnu que certains de ses utilisateurs en Inde avaient été espionnés par ce logiciel !

Il est surprenant qu’un Pays aussi pauvre que le Maroc utilise des moyens pour espionner des personnes, sachant qu’une licence pouvant être utilisée pour 50 téléphones seulement est vendue entre 7 et 8 millions de dollars !

Toujours est-il, ces révélations interviennent dans un contexte délétère pour la presse marocaine. Le 19 juillet, le journaliste Omar Radi, poursuivi pour des faits de « viol » et « intelligence avec des parties étrangères » qu’il a toujours nié, a été condamné à 6 ans de prison. Seul témoin à décharge dans cette affaire, le journaliste Imad Stitou a lui aussi été condamné pour complicité de viol à 1 an de prison dont 6 avec sursis.

L’année dernière, Amnesty International avait déjà révélé l’infection du téléphone du journaliste marocain d’investigation Omar Radi par le logiciel espion Pegasus…

Le 12 Juillet 2021, les Etats-Unis avaient officiellement critiqué le Maroc pour avoir condamné des journalistes à de lourdes peines de prison, exhortant le Royaume à protéger la liberté des médias.

Le département d’Etat s’est dit « déçu » par la condamnation de Soulaimane Raissouni, le rédacteur en chef du défunt Akhbar Al Yaoum, dont les défenseurs disent qu’il a été ciblé pour sa couverture critique du régime chérifien.

« Nous pensons que le processus judiciaire qui a conduit à ce verdict contredit la promesse fondamentale du système marocain de procès équitables pour les personnes accusées de crimes et est incompatible avec la promesse de la constitution de 2011 et le programme de réforme de Sa Majesté le Roi Mohammed VI« , avait déclaré le porte-parole du département d’État, Ned Price.

« La liberté de la presse est fondamentale pour des sociétés prospères et sûres, et les gouvernements doivent veiller à ce que les journalistes puissent exercer en toute sécurité leurs rôles essentiels sans craindre une attention injuste, des violences ou des menaces », a-t-il déclaré.

Price a déclaré que les États-Unis soulevaient également avec le Maroc d’autres cas de journalistes, dont celui d’Omar Radi qui, selon le Comité pour la protection des journalistes, a été détenu à l’isolement pour agression sexuelle et atteinte à la sécurité de l’État.

« Nous sommes également préoccupés par l’impact négatif de l’affaire sur la liberté d’expression et la liberté d’association au Maroc », a rajouté Price.

« Nous ne parlons pas ici juste de quelques États voyous, mais d’une utilisation massive d’un logiciel espion par au moins une vingtaine de pays », a expliqué lundi la secrétaire générale d’Amnesty, Agnès Callamard, à la BBC radio.

Introduit dans un smartphone, le logiciel Pegasus permet d’en récupérer les messages, photos, contacts et même d’écouter les appels de son propriétaire.

Les journalistes du « projet Pegasus » ont rencontré une partie des détenteurs de ces numéros et ont récupéré 67 téléphones qui ont fait l’objet d’une expertise technique dans un laboratoire d’Amnesty International.

L’expertise a confirmé un piratage ou une tentative de piratage par le logiciel espion de NSO Group pour 37 appareils, dont 10 situés en Inde. Une trentaine de journalistes dont des patrons de presse français ont vu leurs téléphones infectés par le logiciel espion israélien Pegasus au profit des services de renseignement marocains.

Ce mardi 20 Juillet 2021, le parquet de Paris a ouvert une enquête sur l’espionnage de journalistes français par des services marocains, après les révélations de forbidden Stories et suite au dépôt de plainte des journaux Mediapart et de ceux à suivre de l’Humanité et du Canard Enchaîné. Une dizaine d’infractions ont été retenues dont l’atteinte à l’intimité de la vie privée, piratage informatique, interception de correspondances et association de malfaiteurs !

Les services de sécurité marocains se sont même intéressés au téléphone du maire d’Ivry-sur-Seine, une commune du Val-de-Marne, en banlieue parisienne. Le 6 juillet 2021, une semaine après un conseil municipal chahuté par des agents des services marocains, Philippe Bouyssou, le maire, a été la cible d’une tentative d’infection détectée par Amnesty International via le puissant logiciel espion Pegasus. En cause, la mise en délibéré d’une subvention de 5 000 euros en faveur d’actions éducatives pour des enfants sahraouis…

La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et la Direction Générale de la Surveillance du Territoire, dirigés par Abdellatif Hammouchi, auraient même espionné, selon le consortium Forbidden Stories, un grand nombre de membres de la famille royale !

Le souverain lui-même ferait partie des numéros sélectionnés comme cibles potentielles de Pegasus. Indiquent des partenaires du consortium créé par Forbidden Stories…

Mis en cause, le groupe NSO a « nié fermement les fausses accusations portées » dans l’enquête du consortium de médias, selon lui « bourrée de suppositions erronées et de théories non corroborées ».

De son côté le Maroc, comme il fallait s’y attendre, a catégoriquement démenti lundi le recours au logiciel Pegasus. Le gouvernement marocain a dénoncé comme « mensongères » les informations selon lesquelles les services du royaume « ont infiltré les téléphones de plusieurs personnalités publiques nationales et étrangères et de responsables d’organisations internationales à travers un logiciel ».

Notons enfin que plus de 6 000 numéros de téléphone algériens appartenant à de hauts fonctionnaires, des militants politiques, des responsables politiques, des militaires, des chefs des services de renseignement, ont été ciblés par le Maroc à travers le logiciel espion Pegasus.

Une attaque hostile qui vient s’ajouter à la longue liste des agressions menées contre l’Algérie, et dont l’ultime offensive a été perpétrée par l’Ambassadeur du Royaume à New York contre l’intégrité du territoire national !

En son temps, le Premier ministre Abdelaziz Djerad, avait réagi en dénonçant des « opérations étrangères visant la déstabilisation de l’Algérie », évoquant une « une réelle volonté d’attenter à l’Algérie [à travers] l’arrivée à présent de l’entité sioniste à [leurs] portes ».

L’affaire Pegasus et toutes les campagnes d’hostilités entreprises par le Makhzen sont là pour prouver que le Maroc est un véritable Etat voyou !

 Crédits : © Palais royal marocain / Fadel Senna – AFP

TV Maghreb tvmaghreb.com

TV Maghreb - L'actualité en mouvement.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.