L’Impuissance de L’Etat Algérien Face au Florissant Business des Otages au Sahel !

Pierre-Antoine Lorenzi, né le 14 Septembre 1963 à Marseille, est un ancien de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (DGSE) et se trouve être le patron de la société française de sécurité Amarante créé en 2007, spécialisée dans la sécurisation de sites industriels tels ceux de Total, Alstom, ou le conseil en gestion des risques et la protection d’expatriés, pour le compte du Ministère des Affaires Etrangères de l’Etat français.

Avec un personnel actif composé d’ex-agents de la DGSE, comme l’ancien chef de l’Office central de répression du banditisme Charles Pellegrini, l’ex-patron de la DCRI Bernard Squarcini, Amarante sécurise des sites pétroliers et industriels principalement au Moyen-Orient et en Afrique dans des pays comme l’Algérie ou elle gère la sûreté des escales aéroportuaires le plus souvent pour la compagnie aérienne française Air France, assurant la protection de ses aéronefs, équipages, et en supervisant l’embarquement et le contrôle des visas.

Amarante, qui compte parmi ses supports Cédric Lewandowski, ex-directeur de cabinet du Ministre de la Défense Jean-Yves le Drian at actuel directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF, groupe détenu à 90% par l’Etat français, a opportunément investi le marché du “kidnap & ransom”, activité de négociation avec les ravisseurs en cas d’enlèvement qu’elle propose aux sociétés françaises activant dans les zones à risques…

Alors que la DGSE est officiellement le bras armé du gouvernement français pour les affaires d’otages, au mois d’avril 2013, c’est Amarante qui va, contre toute attente, négocier la libération d’un salarié de l’Organisation Non Gouvernementale (ONG) française « Acted », kidnappé en Afghanistan au mois de Janvier 2013. A cette époque l’ambassadeur de France à Kaboul, état Bernard Bajolet, futur ambassadeur en Algérie et futur patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui s’était totalement opposé au paiement d’une quelconque rançon !

Il faut dire que des changements étaient attendus après l’échec de l’opération de libération par la DGSE de l’otage et agent de la DGSE Denis Allex en Somalie, formateur de la police et de la garde présidentielle du gouvernement fédéral de transition de Mogadiscio, capturé par des islamistes en 2009 et mort lors du tragique raid en vue de sa libération, par les troupes du service action de la DGSE au mois de janvier 2013.

Au Mois de Février 2013, le Ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, va carrément écarter la DGSE des négociations en vue de libérer 7 otages français de la famille Moulin-Fournier, enlevés au Cameroun et détenus dans le nord du Nigeria avant leur libération le 19 avril 2013. 7 millions de dollars auraient été versés aux islamistes de Boko Haram… Selon nos informations, ce serait Gérard Mestrallet, alors PDG du leader mondial de l’énergie et de l’environnement GDF-Suez employant les Moulin-Fournier, qui se serait occupé de réunir la somme.

En octobre 2014, Gérard Mestrallet prend sa retraite avec un parachute de 21 millions d’euros alors que GDF-Suez, en contrat avec la société Amarante, enregistrait des pertes records pour l’année 2013 et préparait un plan d’économies. Emmanuel Macron, qui était alors Ministre de l’Économie sous le Président Hollande, n’a pas demandé à Gérard Mestrallet de renoncer à sa retraite-chapeau…

La France du Président Hollande avait pourtant, en janvier 2013, décidé de modifier de manière effective ses procédures et sa politique en la matière, interdisant tout paiement de rançon aux ravisseurs, qui n’aboutissait en fait qu’au financement des activités criminelles des djihadistes.

Cela n’a pas empêché, quelques mois après l’épisode de Kaboul, de voir Amarante en octobre 2013, récidiver et lancer des négociations en vue de la libération des quatre derniers otages au Sahel, alors que la DGSE était, une fois encore, mise sur la touche par le Ministère de la Défense français.

Alors que les premiers otages de cette affaire d’enlèvement ayant touché une société française au Niger en Septembre 2010, avaient été libérés grâce aux 12 Millions d’Euros d’Areva et de Vinci et à Jean-Marc Gadoullet, ancien colonel du 11e choc de la DGSE en contact direct avec le djihadiste algérien Abdelhamid Abou Zeid, un des chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) tué par les forces françaises près du massif de Tigharghar, dans le nord du Mali au mois de Mars 2013, ce serait la formidable somme de 30 millions d’euros qui aurait alors été versée par l’Etat français pour libérer les quatre derniers otages d’Arlit (Niger), retenus prisonniers par les djihadistes dans le nord du Mali…

Amarante s’était alors appuyée sur Ahmada Ag Bibi, l’ex-numéro 2 d’Ansar Eddine devenu député du Rassemblement Pour le Mali (RPM) de l’ex Président malien Ibrahim Boubacar Keïta, que nous allons retrouver plus loin, mais surtout sur l’ancien Ministre d’origine Touarègue, Mohamed Akotey, qui possède des liens directs avec Iyad Ag Ghali, le fondateur du mouvement islamiste Ansar Dine, l’allié d’AQMI dans le nord du Mali, ou encore d’Ibrahim Ag Inawalen, dit « Bana », militaire et chef djihadiste touareg malien tué par l’armée française la nuit au mois de mai 2015 au nord-est de Kidal…

Rappelons que Mohamed Akotey avait été accessoirement Président du Conseil d’Administration de la société Imouranen SA, une filiale du français d’Areva, aujourd’hui Orano, spécialisé dans l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables au Niger et qui gère la mine à ciel ouvert d’Uranium à Arlit au sud d’Agadez, région qui a vu naitre Mohamed Akotey !

Notons que l’extraction d’uranium au Niger est une activité si stratégique pour Areva, aussi bien pour l’alimentation des centrales nucléaires françaises que pour la vente de ce produit stratégique à ses clients étrangers, que Jean Yves Le Drian avait, alors qu’il était Ministre de la Défense en 2013, décidé de faire protéger les sites de mines exploitées, par le commandement des opérations spéciales de l’armée…

Lorenzi, associé à Alexandre Hollander, un ex-officier du service action de la DGSE devenu directeur général d’Amarante, affirmait alors au journal le Monde en 2013 : « Les otages, ce n’est pas un business, c’est une part très mineure de l’activité de la société. ». La prise d’otage d’Arlit aurait tout de même couté 42 Millions d’Euros !!

Lorenzi va revendre les parts qu’il détient, à travers sa société « Serenus conseil », dans la société Amarante au groupe français de solutions globales de sûreté-sécurité professionnelles à l’international, Seris, pour quelque 20 millions d’euros en octobre 2015, Alexandre Hollander, cofondateur et Directeur Général, devient le nouveau Président du groupe Amarante.

Deux mois plus tard ses locaux et résidences à Paris et au Luxembourg sont perquisitionnés, pour des soupçons de Fraude fiscale et blanchiment. Un comble pour celui qui a été Chef de Cabinet du Ministre de la Justice avant d’être désigné Secrétaire Général du Service Central de Lutte contre la Corruption entre 1992 – 1997 !

Le 11 février 2021, Amarante annonce la création d’un conseil d’orientation stratégique et le recrutement de l’ex Ambassadeur et ancien Directeur Général de la Sécurité Extérieure (DGSE) et ancien coordonnateur national du renseignement sous Nicolas Sarkozy… Bernard Bajolet !

Fin des tensions entre le ministère de la Défense et le nouveau patron de la DGSE, qui augure une nouvelle ère de rapprochement entre sociétés privée activant dans les opérations spéciales et l’autorité publique ? Probable.

Ce qui est sûr est que le versement de rançons aux djihadistes du Sahel, à travers l’implication de négociateurs français et de société de sécurité françaises, telle Amarante, dont Othman Zeghnoun, juriste de formation, est le responsable de la coordination des opérations au sein de la filiale algérienne depuis 2014, a alimenté les tensions entre Paris et Alger qui appréhendait, à juste titre, la forte probabilité d’un retour de jihadistes sur son territoire. Et ses craintes vont s’avérer être justes.

En effet, à la fin du mois d’Octobre 2020, Mustapha Derrar, un des jihadistes relâché au Mali est arrêté par les services du renseignement militaire algériens dans l’Ouest du Pays. Il avait témoigné sur la télé publique algérienne du versement d’une rançon de « millions d’euros » aux djihadistes maliens pour la libération d’otages.

Le 16 novembre 2020, El Hocine Ould Amar Ould Maghnia, un autre terroriste qui fait partie des éléments armés relâchés dans le cadre de l’accord de libération d’otages du Mali, est arrêté à Timiaouine, dans le Sud du Pays.

Le 28 décembre 2020, l’Armée algérienne annonce la découverte de la somme de 80 000 euros lors d’une opération de ratissage menée dans la région de Jijel, dans le nord du pays, un montant qui serait une partie de la rançon versée aux terroristes du Sahel au mois d’octobre 2020…

En effet, le 8 octobre 2020, une rançon dépassant les 30 Millions d’Euros, selon nos sources, aurait été versée à des djihadistes et une relaxe de pas moins de 207 terroristes, ou présumés comme tels, affiliés à l’émir Lyad Ag Ghaly, du Jamaat Nosrat al-Islam wal-Mouslimin (Jnim), coalition de groupes islamistes armés qui a prêté allégeance à Al-Qaeda, va permettre la libération de l’opposant malien Soumaïla Cissé, la Franco-Suisse Sophie Pétronin et deux autres otages Italiens retenus au nord du Mali par des islamistes armés.

Et c’est encore une fois l’Etat français qui est à la manœuvre, malgré les dénégations et le démenti du Premier ministre français Jean Castex, qui avait déclaré : « Nous n’étions pas partie de ces négociations », puis évoquant un « geste humanitaire » des jihadistes à propos de la libération de la Française !

Le député Ahmada Ag Bibi, un Touarègue notable de la région de Kidal, proche de Iyad Ag Ghaly et ancien membre de l’Alliance Démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), issue du mouvement touareg de l’Adrar des Ifoghas, dans la région de Kidal avait témoigné du contraire.

Ag Bibi, qui avait signé l’Accord d’Alger en 2015 à Bamako, affirme avoir entrepris, avec l’aide de l’ex-conseiller spécial de Blaise Compaoré, le mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi qui vit à Rabat au Maroc et est réputé pour ses réseaux au sein des groupes jihadistes dans le nord du Mali, et Chérif Ould Attaher, baron de la cocaïne et ex-membre du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), pour la libération des otages maliens à la fin de l’année 2020.

Les versements de sommes colossales au profit de groupes terroristes, au titre de rançons pour la libération des otages, sape tous les efforts de lutte antiterroriste, mais plus grave encore est le recours quasi systématique des autorités occidentales à des officines de barbouzes et autres sombres intermédiaires proches de la nébuleuse terroriste.

La question que nous nous posons est comment le Haut Commandement de l’Armée et la Présidence algérienne peuvent encore faire confiance à Amarante et à ses semblables en les laissant opérer sur le sol algérien, en toute liberté et sous couvert de contrats d’assistance en sécurité ?

Une entente entre Chefs Terroristes, Armée Algérienne et une poignée d’intermédiaires composée de barbouzes accrédités est-elle d’actualité, comme nous l’affirment plusieurs de nos sources?

Car si tel est le cas, nous serions devant un acte de haute trahison que n’oubliera jamais la nouvelle Algérie. Nouvelle Algérie que finalement seul le Hirak a en tête de mettre en place ! Question de temps…

 

YF.Cheikh

yf.cheikh@protonmail.com

Photo – MICHELE CATTANI / AFP

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