Pourquoi Nouria Benghebrit A Eté Entendue Par La Justice ?

Nouria Benghabrit, ancienne Ministre de l’Education Nationale algérienne, a été convoquée, aujourd’hui 23 décembre 2020, devant la 2ème chambre du Pôle Pénal spécialisé dans la lutte contre le crime financier et économique du tribunal de Sidi M’hamed à Alger.

La convocation de celle qui fut l’ancienne Directrice du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle d’Oran, puis Ministre de l’Education Nationale entre le mois de mai 2014 et la fin mars 2019, serait relative à de présumées affaires de corruption qui dateraient de cette époque.

Cette sociologue et chercheuse de formation, Présidente du comité arabe de l’Unesco pour l’enseignement supérieur, Vice-Présidente du conseil d’administration de l’Institut Africain de la Gouvernance, membre désignée par le Secrétaire Général des Nations Unies au Comité des politiques de développement, a été convoquée pour témoigner sur des accusations, dans le cadre d’une plainte ayant trait à la gestion d’établissements scolaires, dépendant de son Ministère.

En effet, l’ancienne Directrice du lycée algérien de Paris, Nadia Messaci, proche de l’épouse de l’ancien Premier Ministre Abdelmalek Sellal, aujourd’hui emprisonné, avait été limogée par décret présidentiel à la fin du mois de Mai 2019.

Si aucune raison officielle n’avait été alors avancée, certaines sources avaient affirmé que sa brutale éviction faisait suite à sa décision d’interdire le foulard au sein de l’établissement qu’elle dirigeait dans la capitale française, pour se conformer aux lois votées par le Parlement français, et à l’arrêté du département ministériel que dirigeait Benghabrit, interdisant le niqab et le voile intégral dans les établissements scolaires algériens dès 2017.

D’autres sources avaient indiqué que la Directrice de l’Ecole Malek Benabi de Paris s’en était allé jusqu’à suspendre une élève de l’École en question, pour avoir accompli sa prière à l’intérieur de l’établissement, tout en pointant le soutien dont bénéficiait cette Directrice de la part de la Ministre Benghabrit, que la frange la plus conservatrice de la société avait désigné comme « militante communiste hostile à la langue arabe et à l’islamophobie rampante » !

En parallèle, une enquête de l’Inspection Générale des Finances avait, selon nos informations, fait état d’emplois fictifs et de primes de transport et de rendement refusés à plusieurs enseignants, et que la directrice Messaci aurait détourné.

Les même sources nous ont avancé que ce sont des explications sur ce litige que le juge du tribunal de Sidi M’hamed aurait demandé, entre autres éclaircissements, à l’ancienne Ministre de l’Education Nationale, Nouria Benghabrit.

Notons qu’à la fin du mois de Juin 2019, L’Organisation Nationale des Parents d’Elèves avait annoncé avoir déposé plainte à la Cour d’appel d’Alger contre Nouria Benghebrit, et ses conseillers accusés, entre autres, de « haute trahison » et « malveillance ».

Un certain milieu conservateur constitué de députés de la coalition islamiste Alliance Verte regroupant plusieurs formations islamistes algériennes, s’étaient élevés contre l’une des recommandations issues de la Conférence nationale sur l’évaluation de la mise en œuvre de la réforme du système éducatif algérien tenue les 25 et 26 juillet 2015.

Il estimaient que l’action de Nouria Benghabrit, à qui ils prêtaient des origines juives, s’assimilait « à une tentative de nuire à l’arabe, qui est la langue du Coran, de l’islam et du peuple algérien »…

Une des recommandations proposées par des experts et pédagogues psycholinguistes, neurolinguistes et orthophonistes présents à la cette conférence, préconisait l’usage par les enseignants des langues maternelles, au détriment de la langue arabe littéraire qui en réalité est une nouvelle langue pour les enfants des écoles primaires.

Le 22 janvier 2020, lors de sa rencontre avec les médias, Abdelmadjid Tebboune répondait en ces termes à la question sur les réformes à venir dans le système éducatif national : « Je pense que tous les Algériens revendiquent un changement fondamental du système éducatif, en particulier à l’école primaire. J’interdis absolument l’intrusion de l’idéologie dans l’enseignement primaire. La citoyenneté exige la création d’une génération imprégnée de patriotisme, d’éthique et de civilisation ».

Une vision finalement bien plus proche de celle de Mme Benghabrit que de ceux, entretenant une bataille idéologique dans l’Education afin de maintenir la confusion entre messages religieux et approche scientifique et raisonnée…

Nouria Benghebrit, paierait-elle aujourd’hui ses prises de position fermes quant à la séparation des prérogatives de l’éducation nationale et des affaires religieuses ?

Sa convocation récente par la Justice serait-elle liée à sa lutte acharnée pour trouver les véritables réponses à la problématique du changement espéré par tout un peuple en quête de modernité ?

La réponse du tribunal éclairera l’opinion publique sur les desseins du pouvoir algérien à propos de ces questions fondamentales ainsi que sur un procès aux relents de vendetta d’un autre âge.

Fabienne Outar

fabienne.outar@protonmail.com

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