Sahara Occidental – Maroc. Vers Un Conflit Armé, Après La Rupture Du Cessez-Le-Feu A Guerguerat !

Guerguerat, est une localité frontalière située à l’extrême sud-ouest du Sahara occidental. C’est le village le plus au sud avant le mur marocain, la ligne de cessez-le-feu entre la République arabe sahraouie démocratique et le Maroc.

Au sud du mur Marocain se trouve une zone tampon surnommé « Kandahar » (d’après la ville de Kandahar en Afghanistan), une zone démilitarisée de quelques kilomètres avant la frontière avec la Mauritanie, que le front Polisario inclut dans la « zone libre ».

Le poste frontière de Guerguerat, qui se nomme Bir Guendouz et qui est situé dans cette zone libre revendiquée par le Polisario, sert à contrôler les véhicules et leurs marchandises, empruntant la route commerciale vers l’Afrique subsaharienne.

En août 2016, le Maroc entreprend de goudronner la route dans la zone démilitarisée entre le mur et la frontière mauritanienne, ce qui a conduit à des tensions pendant plusieurs mois, entre les forces de la gendarmerie royale marocaine et les troupes du front Polisario. Les Marocains se retirent unilatéralement en février 2017. Le 28 avril 2017, le Front Polisario a retiré ses éléments armés de la zone tampon de Guerguerat, dans le sud du territoire.

Cette décision du Front Polisario de retirer sa présence de Guerguerat était censée faciliter les efforts des Nations Unies à régler ce différend territorial vieux de plus de 40 années, et exigeait instamment que les causes sous-jacentes des tensions à Guerguerat « soient traitées efficacement, dans le cadre d’une approche globale qui accorde une place centrale à la mise en œuvre intégrale du mandat de la MINURSO ».

Les Sahraouis avaient continué, selon eux, de faire l’objet de discrimination dans l’exercice des droits économiques, sociaux et culturels sur leur territoire, et s’agissant du trafic civil traversant la zone libre, le Polisario a déploré que celui-ci suppose l’expansion du Maroc « jusqu’à la frontière d’un pays tiers et la reconnaissance implicite du fait que le statut final du territoire a déjà été déterminé ».

Il est en effet surprenant que les véhicules de la Minurso soient obligés de porter des plaques d’immatriculation marocaines, nuisant à l’image d’impartialité de la Mission et contrevenant à l’accord de principe conclu avec le Gouvernement marocain en 2015. De son côté, le Front Polisario a également continué de s’élever contre la pratique des autorités marocaines consistant à apposer des cachets sur les passeports des membres du personnel de la MINURSO à l’entrée et à la sortie du Sahara occidental.

Manifestants Pacifiques Sahraouis à Guerguerat

Dans une lettre datée du 9 décembre 2017, le Secrétaire général du Front Polisario, M. Brahim Ghali, a protesté, faisant valoir, notamment, que « la crise de Guerguerat n’avait pas été réglée, qu’aucune mission d’experts de l’ONU n’avait été déployée et qu’aucune mesure concrète n’avait été prise par l’ONU pour mettre en œuvre les dispositions des résolutions précédentes du Conseil de sécurité. Il a prévenu que le Front Polisario « n’accepterait pas le maintien de cette situation ».

Dès le 4 janvier 2018, un petit groupe d’éléments non armés du Front Polisario a établi un « poste de surveillance » de jour à l’intérieur de la zone tampon, à quelque 500 mètres au sud-est du poste d’observation temporaire de la MINURSO, afin de décourager le trafic de drogue, destiné aux pays africains qui empruntait le territoire de la zone libre, appartenant à la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD).

Le 29 Mars 2018, un rapport du secrétariat Général de l’ONU sur la situation concernant le Sahara Occidental avait conclu que la zone de Guerguerat était demeurée calme et libre d’éléments de l’une ou l’autre parties.

Pourtant, en juin 2018, le Front Polisario a annoncé l’arrestation de 19 Marocains pour trafic de drogues, condamnés le 31 octobre 2018 à des peines allant jusqu’à 16 ans d’emprisonnement dans le centre de détention de Tifariti.

Durant ce temps, le Représentant permanent du Maroc avait réaffirmé l’opposition catégorique du Maroc à toute implication de l’Union africaine dans le processus politique, taxant même un rapport sur le Sahara occidental de partialité, estimant qu’il souffrait de lacunes et d’insuffisances…

Une position inchangée du Royaume qui a poussé, il y a quelque jours, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, à déclarer qu ‘« il n’y a pas de pourparlers politiques avec les séparatistes, pas de diplomatie avec les bandits, pas de processus politique avec ceux qui sont incapables de résoudre le problème du Sahara marocain et qui travaillent comme groupes armés et en tant que gang ».

Bourita, évoquait le recours à des manifestations pacifiques par des civils sahraouis dans la zone libre. Des manifestants, traités de bandits, alors que le Makhzen avait emprunté la même stratégie, quand il avait agi pour étouffer commercialement les Présides de Ceuta et Melilla, en fermant les frontières communes Maroco-espagnoles, sous prétexte de crise sanitaire…

La fermeture du passage du Guerguerat a, comme pour les enclaves espagnoles sur le sol marocain, entraîné la suspension des échanges commerciaux entre la Mauritanie et le Maroc, ce qui a conduit à une crise d’approvisionnement des marchés mauritaniens notamment en produits agricoles.

Une cécité et une mémoire sélective, qui sont souvent l’apanage de ceux dont l’idéologie ne tient guère face à la réalité des faits.

En effet, il est surprenant que le gouvernement marocain ait si vite oublié que feu le Roi Hassan 2, avait accepté un temps le partage du Sahara occidental avec son voisin mauritanien, ce qui tendrait à prouver de manière implacable que ce territoire ne pouvait être le sien…

Tout comme l’élite marocaine semble nier que le règlement du conflit territorial lié au  Sahara occidental ne peut être obtenu que par des moyens politiques fondés sur le droit international, les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Assemblée générale, et dans le cadre de procédures qui correspondent aux Principes et objectifs de la Charte des Nations Unies, et sous le contrôle de l’opération Minurso, dont l’objet est défini dans son acronyme même: Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental !

A travers un commentaire du Ministère des affaires étrangères, la fédération de Russie vient de confirmer cette position intangible qui s’inscrit dans la légalité internationale, et que des pays comme l’Algérie, l’Afrique du Sud et même l’ONU, soutiennent depuis des décennies !

Il faut souligner toutefois que d’autres pays, issus majoritairement des vieilles monarchies du Moyen Orient, ont adopté une approche singulière, bien éloignée du droit international. Celle consistant à soutenir une partie contre une autre, privilégiant un rapport de force qui peut mener à chaos dans la région.

Tout le contraire de ceux qui, dans un esprit d’apaisement et de responsabilité comme l’Algérie, ont appelé à la retenue et à la désescalade, tout en réitérant un recours à une solution politique du conflit menant vers l’autodétermination du peuple Sahraoui.

Le Rapport de l’ONU sur la situation au Sahara occidental en date du 29 Mars 2019, avait affirmé que Nacer Bourita, le Ministre des affaires étrangères du Maroc avait lui-même demandé à Antonio Gutteres « qu’il faudrait, aux fins du règlement du conflit du Sahara occidental, que l’Algérie joue un rôle plus important dans ce contexte. »

Cela n’a pas empêché la presse marocaine inféodée au Makhzen d’insister lourdement et unanimement, interprétant comme une victoire diplomatique, la citation, par cinq fois, de l’Algérie dans la dernière résolution de l’ONU sur le conflit du Sahara Occidental, sans y relever au passage que la Mauritanie avait, au même titre, été citée autant de fois…

Qu’à cela ne tienne, et pour toute réponse aux propositions politiques pour conclure une paix durable avec les Sahraouis et l’organisation d’un référendum d’autodétermination, le Maroc a, dans la nuit de Jeudi à Vendredi 13 Novembre 2020, lancé une opération militaire pour empêcher les manifestations pacifiques de civils sahraouis dans la zone tampon, et ouvrir le passage au trafic de marchandise entre le Maroc et les pays africains…

Une réaction brutale et bien évidemment contraire aux accords de cessez-le-feu de 1991, interdisant les forces armées de pénétrer ces zones.

Cette fébrilité des Forces armées et la fuite en avant du gouvernement marocain, s’inscrit en droite ligne de la stratégie belliqueuse et provocatrice du Royaume chérifien, ayant mené à l’ouverture de représentations diplomatiques dans les territoires occupés du Sahara occidental, dont il faut rappeler que les loyers ont tous été pris en charge par le contribuable marocain, et qui demeurent, selon nos informations, désespérément vides de toute présence de diplomates. Certains pays, à l’instar de la Guinée Bissau, n’ont même pas un consulat à Rabat, la capitale du Royaume…

Il faut dire que le Maroc a chèrement négocié ces soutiens, en allant bâtir le nouveau siège du Ministère des affaires étrangères dans la capitale de la Guinée Bissau !

Et si cette ultime offensive désespérée de l’armée marocaine est censée livrer un message aux sujets du Roi marocain, et réactiver un sentiment de cohésion autour d’une cause nationale même illégale, elle ne peut occulter que cela peut déclencher une guerre fratricide, et une dégradation de la sécurité du Royaume, surtout depuis que l’agence de presse du Polisario a rendu public ce samedi 14 novembre 2020, un communiqué du chef du Polisario, Brahim Ghali, annonçant dans un communiqué la fin du cessez-le-feu et le retour aux armes contre le Maroc.

Quel Dommage d’en arriver là !

Bachir Outaghnai

bachir.outaghani@protonmail.com

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