Affaire Khalifa – La Justice Osera-t-elle Convoquer Abdelmadjid Tebboune En Novembre ?

L’affaire Khalifa sera jugée, pour la troisième fois, le 8 novembre 2020 au tribunal criminel près la cour de Blida. La Cour suprême a pris la décision de renvoyer ce déroutant dossier, arguant que plusieurs accusés et témoins n’avaient pas été auditionnés.

Le tribunal criminel qui va rejuger l’affaire décidera de la possibilité d’ouvrir une enquête complémentaire pour auditionner toutes les parties ayant été citées, mais qui ne s’étaient pas présentées au précédent procès…

Aussi, tous les accusés, y compris ceux acquittés ou ayant purgé leur peine, verront l’annulation de leur verdict rendu lors du dernier procès tenu devant le tribunal criminel, et leur re-convocation pour un nouveau jugement !

Si le tribunal criminel près la cour de Blida, décide de l’ouverture d’une enquête complémentaire, et qu’une justice réellement libre et indépendante relance l’instruction relative au dossier Khalifa, l’Algérie nouvelle va-t-elle obliger l’actuel Président de la République Abdelmadjid Tebboune, à se présenter devant la Justice pour répondre des accusations dont il fait l’objet dans cette affaire ?

Il est important de préciser qu’en ce qui concerne le renvoi de l’affaire Khalifa Bank devant le tribunal criminel de Blida, tous les accusés, à l’instar de l’actuel Président algérien, avaient été acquittés ou ont purgé leur peine. Le seul encore en prison est Abdelmoumen Khalifa, le propriétaire de la banque éponyme, condamné à 18 ans de réclusion criminelle.

En effet, Abdelmadjid Tebboune, Ministre de l’Habitat sous l’ère de l’ex-Premier Ministre, Ali Benflis, et accusé dans l’affaire Khalifa, s’était présenté en appel devant la chambre d’accusation, le 25 juillet 2012, pour être auditionné par un conseiller près la Cour suprême.

Il avait été convoqué, conformément à l’article 574 à 577 du code de procédure pénale, car soupçonné d’avoir bénéficié d’avantages offerts par Abdelmoumen Khalifa, alors qu’il était Ministre de l’Habitat durant les années 1999-2004.

L’actuel Président de la République aurait bénéficié d’une MasterCard de la Khalifa Bank, à l’aide de laquelle il aurait accompli, durant son mandat ministériel, plusieurs voyages à l’étranger, notamment aux Etats-Unis pour des soins et en France pour voyage touristique, alors qu’il n’était même pas possesseur d’un compte bancaire en devises au sein de cette banque !

En contrepartie de ce « cadeau », Abdelmadjid Tebboune aurait instruit les responsables des OPGI de déposer de grosses sommes d’argent dans les agences de la Banque Khalifa…

Drôle d’histoire pour ce cacique du système, qui après avoir quitté le gouvernement en 1992 avec une retraite anticipée, sera rappelé par le président Abdelaziz Bouteflika en 1999 au poste de Ministre de la Communication et de la Culture, avant d’être nommé Ministre délégué chargé des Collectivités locales.

En 2001, c’est l’ex Président déchu qui le nomme au poste de Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme jusqu’à la fin 2002, soit avec les révélations du premier procès Khalifa. Il est de nouveau Ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme à partir du 3 septembre 2012, puis le 24 mai 2017, à 71 ans, Bouteflika le nomme Premier Ministre, durant deux mois et demi…

Le scandale Khalifa n’aura donc pas empêché Abdelmadjid Tebboune, comme on le verra plus loin, de retrouver son ancien poste de Ministre de l’Habitat, huit ans après l’avoir quitté suite à son inculpation dans la scandaleuse affaire Khalifa. Et pour cause !

Sur la chaîne El Hayat TV, Abdelmadjid Tebboune s’était expliqué sur toutes les accusations dont il faisait l’objet, déclarant que cette histoire avait été ” créée de toutes pièces ” pour le discréditer.

Revenant sur cette fameuse carte de crédit dont il aurait utilisé plusieurs milliers de dollars pour des soins à l’étranger, l’actuel chef de l’Etat a affirmé qu’il n’avait pas qualité de Ministre de l’Habitat à l’époque, contrairement à ce qui aurait été, selon lui, rapporté par les médias…

Voulant manifestement se défendre, le concerné avait maladroitement précisé que sur la liste des bénéficiaires de cartes de crédit Khalifa ” il y avait une quinzaine de Ministres de la République dont le privilège de ces cartes touchait des plafonds allant jusqu’ à 50.000 dollars ”.

L’homme d’affaires algerien Rafik Khalifa dans son appartement a Londres en 2006. (Sipa)

L’actuel locataire du palais d’El-Mouradia ajoute que contrairement aux autres, sa carte ” était plafonnée à 10.000 dollars.  Elle était d’ailleurs la dernière en termes d’avantages “ affirmant par ailleurs avoir honoré la contrepartie financière de ce crédit à hauteur de 200.000 DA !

L’autre volet des accusations portées contre Tebboune concerne les énormes dépôts et versements opérés par les Offices de Promotion et de Gestion Immobilière (OPGI), sur les comptes de la banque appartenant à Abdelmoumen Khalifa.

Le Premier Magistrat du Pays expliquera qu’en arrivant à la tête du Ministère de l’Habitat, il avait déjà trouvé que ” des fonds de certains offices de l’habitat avaient été déposés aux guichets de la banque Khalifa.  C’était le cas de l’OPGI Oran “. Et d’ajouter ” Je n’ai jamais instruit aucun organisme de mon secteur ni conseillé à quiconque de déposer des fonds dans cette banque “.

Pourtant, le juge d’instruction avait entendu l’ex-Ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, sur des dépôts d’importants fonds émanant d’une cinquantaine d’Offices de Promotion et de Gestion Immobilière (OPGI), répartis à travers les 48 wilayas du pays.

L’OPGI de Constantine avait, à titre d’exemple, déposé près de 162 milliards de centimes avait estimé le procureur général.

L’OPGI de Bejaïa, a quant à elle déposé près de 130 milliards de centimes, tandis que l’Office d’Oran ne déposait pas moins d’1 milliard de dinars selon le directeur financier de l’époque Nouredine Boucenna, qui avait évoqué ” une note ministérielle encourageant les OPGI à faire fructifier les excédents dans les banques privées “. La seule Banque privée alors, était celle d’El Khalifa !

Des propos corroborés par le directeur de l’OPGI de Ain Témouchent, Kheireddine El Walid, et celui de Relizane, qui ont confirmé l’existence de ladite note ministérielle à la Justice, soulignant par ailleurs la responsabilité du Ministre de l’Habitat de l’époque dans le dépôt auprès de Khalifa Bank de 103 millions d’euros (10,5 milliards de dinars), revenant aux OPGI.

Certains responsables de ces organismes ont affirmé lors de l’instruction avoir pris la décision de retirer une grande partie de leur trésorerie des banques publiques pour les mettre dans les caisses d’El Khalifa Bank à la suite d’« Une instruction verbale » du Ministre de l’Habitat, Abdelmadjid Tebboune, dans le but de bénéficier des forts taux d’intérêt…

En contrepartie des dépôts, les responsables d’El Khalifa Bank auraient versé des dessous de table aux dirigeants. Mais malgré ces graves accusations, Tebboune ne sera jamais condamné par la Justice…

Le journal El Khabar avait même indiqué que Moncef Badsi, le liquidateur de la Khalifa Bank, avait mis à disposition du journal un document ” listant 20 grands bénéficiaires de fortes sommes en dollars via Master Card, “cadeau de Abdelmoumen Khalifa pour leurs dépenses lors de voyages à l’étranger“. Selon l’article, Abdelmadjid Tebboune, aurait bénéficié de 34 000 dollars US de crédit qu’il n’a jamais restitué !

Inculpé et placé en liberté en attendant la fin de l’instruction, Tebboune sera poursuivi pour plusieurs délits, dont “complicité dans la dilapidation de deniers publics”, “détournement de deniers publics” et “délit d’initié”, par la chambre d’accusation de la Cour suprême.

Sauf qu’en 2012, à la surprise générale, le système va nommer Tebboune à nouveau Ministre de l’Habitat, dans le gouvernement Sellal. Cela aura pour effet de le faire jouir, en tant que Ministre, du privilège de l’immunité… Et d’accusé il devient témoin !

Et c’est ainsi qu’en avril 2013, il va pouvoir nier, avec une plus grande assurance devant le tribunal criminel de Blida, sa responsabilité quant à “l’émission d’ordre ou de recommandation pour le versement de fonds des OPGI à Khalifa Bank.”

Des propos qu’il réitérerait certainement aujourd’hui devant la Justice s’il devait être appelé à la barre, mais qui seraient confrontés cette fois-ci à ceux de…Abdelmoumen Khalifa ! Pour peu qu’il y ait une réelle volonté politique de laisser la Justice s’appliquer réellement.

Légalement, la Haute Cour de l’État, juridiction spéciale prévue par la loi organique annoncée dans l’article 177 de la constitution, est seule à même de juger un Président de la République. En effet sa mission est de déterminer les actes de « hautes trahison » et « des crimes et délits » commis par le chef de l’Etat ou par le Premier Ministre, mais uniquement dans l’exercice de leur fonction.

Aussi, les observateurs s’accordent en majorité à croire qu’il serait surprenant que le procès débouche sur de grandes surprises tant le régime protège ses serviteurs. Et comme depuis toujours, ils sont nombreux…

Car en plus d’Abdelmadjid Tebboune, l’actuel Directeur Général de la Sureté National Khelifa Ounissi, grand ami de l’ex Golden Boy algérien, ou l’actuel Ministre de l’Energie, risquent également d’être convoqués par les magistrats.

Rappelons que le juge d’instruction avait déjà entendu, Abdelmadjid Attar, Ministre des Ressources en eau à l’époque, sur les dessous de « l’importation fictive » d’une unité de dessalement d’eau de mer par Abdelmoumène Khalifa « dans le but de couvrir un transfert illégal » d’une somme de 67,5 millions de dollars US !

A ce jour, personne ne sait vraiment pourquoi Abdelmadjid Attar n’avait pas pris le soin de prendre les mesures nécessaires pour empêcher une telle opération, qui sent fortement la surfacturation…

Finalement, seuls de réels aveux d’Abdelmoumen Khalifa pourront révéler à l’opinion publique le rôle de nos gouvernants. Il est aujourd’hui le seul capable de les disculper définitivement, ou confirmer leur rôle, actif, dans ce qui aura été l’une des plus grosses affaires de corruption du 20ème siècle sous l’ère Bouteflika !

Mais le laissera-t-on aller jusqu’au bout, comme disait l’autre ? Rien n’est moins sûr…

Y.F.Cheikh

yf.cheikh@protonmail.com

 

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