ENQUÊTE / DOCUMENTS – La Famille AGLI, Entre Politique, Affaires et Mauvaises Pratiques au FCE!

Le Forum des Chefs d’entreprise (FCE), renommé depuis le mois de Juillet 2020 : Confédération Algérienne du Patronat Citoyen (CAPC), est une association à caractère économique créée en Octobre 2000 à Alger, dont le but est de représenter et promouvoir les entreprises algériennes auprès des pouvoirs publics, aux fins développer les conditions d’une relance forte et durable de la croissance et de la création d’emplois en Algérie.

Après avoir vu passer à sa tête Omar Ramdane, PDG de Modern Ceramics, Issad Rebrab PDG du groupe Cevital un temps incarcéré à la prison d’el Harrach, Réda Hamiani, ancien Ministre des PME et enfin Ali Haddad l’ex patron de l’ETRHB aujourd’hui incarcéré à la prison de Tazoult, cette organisation patronale, est présidée depuis le 24 Juin 2019 par Mohamed Sami Agli, membre de cette instance depuis 2011, délégué de la wilaya de Biskra depuis 2014, membre du Conseil exécutif du FCE avant d’en devenir vice-président en 2018, et successeur d’Ali Haddad…

Une élection controversée qui avait vu Hassen Khelifati, le patron d’Alliances Assurances se retirer de la course et quitter définitivement le FCE, suite à des soupçons… de fraudes électorales !

Hassan Khelifati avait alors expliqué que les listes électorales « ont été déséquilibrées par l’achat de voix. Des wilayas seront plus représentées que d’autres alors que leur poids économique est plus faible. Je ne veux pas cautionner une fraude et légitimer un processus biaisé dès le départ »

« L’équipe adverse a payé les cotisations de nouveaux adhérents du Jil FCE [la section jeune du syndicat] dans plusieurs wilayas pour qu’ils votent en sa faveur. On se retrouve ainsi avec une wilaya comme Bordj Bou Arreridj, un pôle industriel important du pays, qui n’a qu’un seul délégué qui ira voter à l’élection du nouveau président du FCE, alors que Biskra [le fief de Sami Agli], qui n’avait pas beaucoup d’adhérents au FCE, étant donné que c’est une zone agro-pastorale, compte désormais 14 délégués. » avait-il alors déclaré aux médias !

Rappelons pour ceux qui l’auraient, sciemment ou pas oublié, que le FCE avait rejoint l’ensemble des partis et autres organisations nationales appelant l’ex-Président déchu Abdelaziz Bouteflika, à briguer un cinquième mandat. Des sommes colossales se chiffrant en dizaines de milliards de centimes avaient alors été mobilisées par les caciques du syndicat patronal pour la campagne présidentielle honnie.

Et même si quelques membres courageux s’étaient alors démarqués du soutien outrancier offert par le FCE au chef de l’Etat afin de briguer un ultime mandat, et s’étaient retirés, beaucoup sont restés…

« Il nous faut souligner, en effet, que notre action tire son essence même du programme de Son Excellence, Monsieur le Président de la République Abdelaziz Bouteflika », avait avancé l’association dans un communiqué, avant d’appeler « avec sincérité, respect et déférence » le chef de l’État « à poursuivre son œuvre en se présentant aux élections présidentielles de 2019 ».

Seul candidat à se présenter à la présidence du FCE, Mohamed Sami Agli, qui était partisan d’abdelaziz Bouteflika, va pourtant adopter après son élection un discours de ‘’rupture définitive’’ avec l’ancienne gouvernance du FCE, affirmant que :

« Il y a eu un épisode malheureux dans notre histoire. On a toujours dit, et clairement, que la responsabilité incombe aux personnes et non pas à l’organisation, qui était victime quelque part d’une mauvaise gouvernance. C’est la raison pour laquelle tout le monde était aligné et engagé pour le changement depuis une année ».

« Je serai comptable devant l’opinion de ce que sera le FCE à l’avenir […] Nous nous engageons à faire en sorte que notre travail et mission soient à 100% économiques, c’est-à-dire une organisation qui aura pour raison d’être de défendre ses membres qui sont des entreprises et devenir une force de proposition pour le développement économique de notre pays »

C’était là un bien bel engagement du PDG du Groupe AGLI et Président des patrons algériens.

Mais quand il s’agit des entreprises familiales, Mohamed Sami Agli respecte-il la dimension citoyenne et la responsabilité sociétale qu’il prône pour les entreprises affiliées au CAPC (Ex FCE) ? qu’on en juge !

Sami Agli – PDG Groupe AGLI et Président du CAPC

Mohamed Sami Agli est né dans la ville de Biskra en 1978. Il est titulaire, selon sa biographie, d’un Master en Supply Chain Management de l’école d’ingénieurs CESI France, et d’un Master en Management Stratégique de la Weller International Business School de Paris.

Président Directeur Général du Groupe familial AGLI activant dans des domaines aussi variés que l’agroalimentaire, la logistique, la construction et la promotion immobilière, le tourisme, l’automobile, … Mohamed Sami a contribué, toujours au côté de son frère Atef Agli, Directeur Général du groupe familial, au développement des entreprises créées par leur père Nabil Agli.

Ce dernier est né en 1949 dans la Wilaya de Biskra, comme l’actuel chef d’Etat Major ou feu le Général Major Mohamed Lamari, qui fut également chef d’Etat major de l’Armée entre 1993 et 2004. Très tôt Nabil Agli s’investit dans la production et la vente de Dattes à travers la Société SID créée en 1991, qui deviendra plus tard Biscofruits.

Nabil Agli (à G.) avec le DG de Peugeot Algérie, M. Pierre Foret

En 1999, Nabil Agli va installer à côté de l’OAIC d’Oumache, une commune de la Wilaya de Biskra, un grand complexe agro-alimentaire : Les Grands Moulins du Sud, pour produire des pâtes alimentaires, farines et semoule. Pour cela il va s’allier au groupe Emirati Al Ghurair, qui avait le vent en poupe dans le Pays avec l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika à la tête du Pays…

Notons que le Directeur Général du groupe du milliardaire émirati Essa Al Ghurair, l’Algérien Djamal Djouhri, avait été nommé par l’ex patron des patrons Ali Haddad représentant à Dubaï du Forum des chefs d’entreprise (FCE)…

C’est toujours avec le Groupe Al Ghurair que ce nouveau député indépendant à l’Assemblée Nationale en 2002 va lancer, la même année, le terminal céréalier du port de Djendjen, dans la Wilaya de Jijel, qui était en ce temps-là géré par l’Emirati DP World.

2005, verra la création de la société de promotion immobilière TAAMIR EL DJAZAIR, puis à la fin de l’année 2006 c’est la Sarl CTHP que va lancer le père Agli, pour investir le secteur des travaux hydrauliques et de voiries.

Vice-Président de l’APN du 1er Juin 2009 au 18 Juillet 2010, Nabil Agli, qui était membre du groupe d’amitié Algérie-France, au côté de Omar Alilat du RND, va constituer en 2012, dans la ville de Azzaba à Biskra, la Sarl Dunes Auto, une concession automobile de la marque française Peugeot.

C’est ainsi un empire économique diversifié que Nabil Agli a fondé depuis la décennie noire jusqu’à l’arrivée du Président déchu Abdelaziz Bouteflika et qu’il va céder à ses deux enfants Mohamed Sami et Atef, qui vont alors tenter de diversifier les bonnes affaires du Groupe AGLI.

Mohamed Sami et Atef Agli vont lancer la société DUNA, une entreprise spécialisée dans la production et la transformation des produits céréaliers, puis en 2015 mettre sur le marché la gamme de biscuits Biscool de la Société créé par leur père BISCOFRUITS.

 Atef Agli – Directeur Général du Groupe AGLI

Le design de ces produits a été confié par les frères Agli à la société Allégorie, propriété de Marhoun, le fils de l’ex secrétaire particulier d’Abdelaziz Bouteflika et figure de la Issaba : Mohamed Rougab…

Une proximité avec les gens du pouvoir qui ne devrait pourtant plus exister, quand on sait comment a fini le chef de l’ex FCE, lié dans diverses affaires en lien avec la corruption, ou de l’expérience du papa, qui a manifestement bien profité de cette ère ou on s’accommodait sans peine des liens incestueux entre affaires et politique…

Aussi comment croire que le FCE nouvelle mouture se démarquera réellement des pratiques et réflexes qui ont altéré son image de marque, et obéré sa crédibilité, alors que le siège du Patronat algérien est jusque-là toujours hébergé dans les locaux d’Ali Haddad, à la rue Sylvain Fourastier, à El Mouradia, Alger… Tout un symbole !

Il faut dire que Mohamed Sami Agli, candidat malheureux aux législatives de 2017 sous les couleurs du FLN, trop jeune et qui manquerait certainement d’épaisseur, n’est jamais arrivé à s’imposer face aux chefs d’entreprise expérimentés composant l’ex FCE.

Le natif de Biskra serait d’ailleurs, selon nos informations, de plus en plus décrié par l’ancienne direction du FCE et notamment par sa Secrétaire Générale Radhia Benabderrahmane, mais également par les vices Présidents Mehdi Bendimerad, le responsable des relations internationales, Salah Abdessemed ou encore Nacira Haddad.

Après 14 mois à la tête de l’organisation patronale, Mohamed Sami n’est toujours pas arrivé à faire évoluer cette instance.

C’est donc peu dire que Mohamed Sami Agli n’a, à l’évidence, pas pu tenir ses promesses à défendre « un Forum sain, […] un Forum propre et surtout d’acteurs économiques sains. » comme il le déclarait si bien au journal El Watan au mois de Mars 2020.

Un appel qui aurait pu gagner en crédibilité si Mohamed Sami Agli avait préalablement appliqué ces recommandations au groupe même qu’il dirige avec son frère, et qui de surcroit est affilié au FCE qu’il préside…

En effet Atef Agli, frère, associé et Directeur Général du Groupe familial que préside Mohamed Sami, possède une entreprise en France, dénommée DUNA Consult France, du nom d’une de leurs compagnies algériennes.

La société par action simplifiée (SAS) : Duna Consult France (DCF), dont Atef va prendre la présidence, a été créée en Juillet 2018 par une société de domiciliation sise au 10 Rue de la République à Marseille pour activer dans le domaine du … conseil pour les affaires et autres conseils de gestion !

 

Le capital de la SAS DCF a été intégralement déposé en numéraire, le 21 Juin 2018, à la BNP du second arrondissement de Marseille.

Or, Mohamed Sami Agli et son frère Atef, eux plus que quiconque, ne sont pas sans ignorer que les entrepreneurs algériens résidents en Algérie n’ont aucunement le droit de détenir des entreprises à l’étranger, ni ne peuvent transférer des devises sans être en infraction avec les lois algériennes sur la monnaie et le crédit.

Par ailleurs les frères Agli savent pertinemment que le recours à une entreprise de conseil à l’étranger, pour facturer des prestations non déclarées en Algérie, est une infraction que la législation algérienne réprime.

Dès lors Mohamed Sami Agli peut-il réellement prétendre redresser le patronat algérien, alors qu’il n’a même pas pu conseiller son frère, associé et Directeur Général du groupe familial dont il est le Président, de se conformer aux lois algériennes et respecter les valeurs éthiques de la charte de l’adhérent de l’ex FCE ?

Ces valeurs éthiques qui devaient en principe constituer le fondement dans la conduite des activités des Membres de l’organisation patronale rénovée. Chaque membre du forum s’engageant à :

– Agir en conformité avec les lois et les réglementations et observer les règles de déontologie professionnelle relatives à leurs activités ;

– Observer un comportement loyal et honnête qui constitue le point d’ancrage de la confiance mutuelle ;

Tout ça ne serait finalement que foutaises, puisque ni Mohamed Sami Agli ni son frère ne semblent, un seul instant y croire ! ce qui condamne les algériens à vivre la continuité d’un système qu’ils ne cessent de contester…

Pauvre Algérie…

Amir Youness    (youness.amir@protonmail.com)

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