L’Incroyable Opération d’Espionnage d’Algériens par les Services Secrets Marocains

Tout le monde le sait, le service de renseignement marocain de la Direction Générale des Etudes et Documentation (DGED), a vocation à s’occuper de contre-espionnage à l’extérieur des frontières du Maroc. Les agents de ce service, dirigés par Mohamed Yassine Mansouri depuis 2005 et directement rattaché à l’institution royale du Maroc, rétribuent grassement leurs informateurs, surtout lorsqu’il le renseignement concerne des officiels algériens.

Le capitaine de police Charles D. est né en 1958 au Congo Belge, rebaptisé depuis République Démocratique du Congo. Arrivé en France au début des années 80 comme demandeur d’asile, Charles intègre la légion étrangère, puis après sa naturalisation, rejoint la police nationale française en 1992.

Après un passage controversé au sein du service immigration de la Police aux frontières (PAF) d’Orly dédié à la mission de contrôle transfrontière, et dans lequel il aurait reçu un blâme, ce fonctionnaire de police prend pourtant en janvier 2014, la tête de la très sensible direction de “l’unité d’information” de la PAF de l’aéroport d’Orly…

Cette petite structure de sept fonctionnaires avait pour mission de surveiller les mouvements sociaux au sein de l’aéroport et de renseigner les cellules de lutte contre le terrorisme, en surveillant les éventuelles radicalisations des employés d’Orly et en faisant le lien entre l’immigration et les services antiterroristes français. C’est elle également qui est chargée d’établir des notes sur les personnes fichées S, qui passent la frontière.

C’est à l’aéroport d’Orly que Charles D., officier à la tête de l’Unité d’Information de la PAF, fait la connaissance du franco-marocain Driss Asri, alors directeur Marketing Sécurité au sein de la société de sûreté aéroportuaire : ICTS.

Dris Asri – Direction ICTS

Charles et son épouse Kimfuta, aide-soignante à l’hôpital Joffre-Dupuytren à Draveil, dans l’Essonne au sud de la capitale française, sont criblés de dettes et font l’objet d’une procédure de surendettement. Une situation difficile pour Charles qui s’en ouvre à son ami Driss Asri.

Par la position clé qu’il occupe au niveau de la société de sûreté aéroportuaire chargée du filtrage des passagers, Driss Asri compte parmi ses contacts un certain Mohamed B, agent du renseignement marocain de la DGED, affecté à la principale représentation diplomatique du Royaume Chérifien en France.

Ce dernier va alors ”recruter” le fonctionnaire de police français pour lui fournir des informations en contrepartie du versement d’au moins 17 000 Euros en cash pour la pallier aux difficultés financières du couple et de la prise en charge totale de luxueux voyages dans des suites à l’hôtel Four Seasons à Casablanca au Maroc et en Angola.

Le policier aurait par ailleurs donné une dizaine de « badges verts » à Driss Asri et de l’agent des services de renseignement extérieurs marocains Mohamed B., pour le transit des passagers par Orly en esquivant les contrôles frontaliers.

Selon plusieurs sources, ”Ces badges auraient profité à au moins un fiché S pour radicalisation et à un Marocain dont le visa pour la France avait été refusé.

Mais le plus grave est la transmission par l’ex responsable à la police des frontières française, entre 2014 et 2016, de près de 200 documents confidentiels à l’agent secret marocain, aujourd’hui en fuite, dont des dizaines de fiches « S ».

La fiche S est l’une des catégories du fichier des personnes recherchées (FPR), la lettre S étant l’abréviation de « sûreté de l’État ». Ces fiches sont émises en majorité par la direction générale de la Sécurité intérieure françaises (DGSI).

C’est Kimfuta qui s’occupait de cacher ses fiches dans des médicaments qu’elle volait dans la pharmacie de l’hôpital de Draveil ou elle travaillait. Driss Asri envoyait ensuite ces produits au Maroc par l’intermédiaire de la compagnie Royal Air Maroc…

Alertés par une lettre anonyme en Juillet 2016, le parquet de Créteil est vite saisi. L’enquête déclenchée par l’Inspection Générale de la Police Nationale française (IGPN) va finalement mener à la perquisition du domicile et du bureau de Driss Asri, et permettra aux enquêteurs d’y découvrir plusieurs documents de la PAF sur le passage de frontière d’un ancien haut responsable algérien, ainsi que deux notes de l’ambassade algérienne à propos des passages de deux ministres algériens…

Selon nos informations, il s’agissait vraisemblablement de l’ancien Ministre de l’Intérieur sous Bouteflika et ex vice-Premier Ministre, Noureddine Yazid Zerhouni, de Hamid Grine, l’ex Ministre de la Communication et de Tahar Hadjar, l’ex- Ministre de l’Enseignement supérieur.

Yassine-Mansouri – Patron de la DGED

Le dossier est alors confié à Sarah Massoud, juge d’instruction au tribunal de grande instance de Créteil, à la fin de l’année 2016. Le 29 mai 2017, Charles D. est placé en garde à vue, avant que la juge d’instruction du tribunal de grande instance de Créteil ne mette l’indélicat policier en examen pour corruption et violation du secret professionnel. Il est placé en détention provisoire le 31 mai 2017, en même temps que Driss Asri. En mars 2018, tous les deux sont alors placés sous contrôle judiciaire.

Le 30 Juillet 2020, la justice française a finalement décidé de faire comparaîtra Charles D, son épouse Kimfuta et son ami Driss Asri devant le tribunal correctionnel de Créteil pour « corruption, violation et recel du secret professionnel, détournement et recel de la finalité d’un traitement de données à caractère personnel, vol… »

En fuite, l’agent des services de renseignement marocain qui avait déclaré une fausse adresse en Alsace, est visé par un mandat d’arrêt international. Il est poursuivi pour « corruption active », mais nul doute qu’il ne sera pas présent au procès qui devrait se tenir courant 2021 au tribunal de Créteil dans le Val-de-Marne.

Une preuve supplémentaire que l’Algérie, bête noire du Makhzen, constitue la cible prioritaire des services secrets du Roi Mohamed VI…

Bachir Outaghani.

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