Enquête Exclusive – Les Incroyables Révélations de Corruption Entourant le Chantier du Métro d’Alger. 1ère Partie

L’Entreprise Métro d’Alger (EMA), en sa qualité de maître d’ouvrage délégué du Ministère des Transports, réalise pour le compte de l’état Algérien des projets dans le domaine des transports urbains et assure donc les études, la réalisation et l’exploitation de projets de transports de voyageurs urbains, notamment les métros, les tramways et les transports par câble dans plusieurs agglomérations du pays.

En 2012, EMA a choisi Colas Rail, filiale du groupe français Colas proposant des systèmes clés en main pour les infrastructures ferroviaires, afin de réaliser l’installation du système intégral de la ligne du métro algérien, pour un montant 110 millions d’euros.

Après avoir donné satisfaction à l’Entreprise Métro d’Alger, le Groupement CRK, composé de Colas Rail et de son partenaire local de BTP KouGC, décroche en 2016 l’intégralité des extensions de la ligne 1 du Métro d’Alger, consistant en deux contrats d’un montant global de 168 millions d’euros.

Une belle réussite pour Colas Rail, mais également pour Yves Taridec, qui avait rejoint Colas Rail en 2007, avant de devenir 10 Années plus tard le Directeur de Colas Rail Algérie.

Yves Taridec – Directeur Colas Rail Algérie

Cependant, en Octobre 2017, Colas Rail, avait commencé à rencontrer d’assez graves problèmes, et avait annoncé avoir déposé plainte en France après avoir constaté “des paiements suspects” d’une de ses filiales étrangères “au profit de consultants locaux”. Les soupçons ont été vérifiés par “un audit interne puis une enquête externe sollicitée par Colas Rail”, qui “a déposé plainte en France”.

Nous nous sommes demandés, comme beaucoup, quel pouvait être le pays qu’évoquait Colas Rail, et si le communiqué de presse du 13 Octobre 2017 aurait pu concerner l’Algérie.

Il faut savoir que ce leader mondial de la construction et de l’entretien des infrastructures de transport, s’interdit officiellement d’agir de manière inappropriée et contraire au code d’éthique du groupe, qui prône honnêteté et intégrité, mais également le respect de ses engagements envers ses salariés, ses clients et ses autres parties prenantes.

Nous avons alors mené notre enquête et avons pu obtenir des informations détaillées sur de graves actes corruption consistants en de flagrants actes de népotisme ayant mené à des recrutements largement avantageux concernant des proches de responsables publics au sein de Colas Rail Algérie, mais avons pu également découvrir une grave affaire de négligence, ayant eu pour conséquence la mort tragique d’un employé, affaire restée malheureusement impunie… Accrochez-vous !

Khaled Sadji – Directeur Entreprise Métro d’Alger

A la fin 2017, Khaled Sadji, Directeur de l’EMA depuis Janvier 2011, a demandé à Colas Rail d’accélérer les travaux sur le tronçon Baraki, afin de respecter le délai fixé par le Ministère des Transports.

Yves Taridec a aussitôt ouvert l’embauche à de nombreux jeunes ouvriers au niveau du site d’El Harrach, avant d’envoyer cette main d’œuvre peu qualifiée, et sans formation préalable, se relayer de jour comme de nuit sur le dangereux chantier de construction. Fatalement, un grave accident allait s’y produire…

Le jeune ouvrier Hammou B., fatigué après plusieurs heures d’un travail harassant, a malencontreusement posé sa main sur une des parois du tunnel ou passaient des câbles haute-tension. Électrocuté, le jeune Hammou a subi de très graves brûlures, sur près de 80% du corps.

Pourtant, les installations électriques provisoires pour les chantiers répondent à des réglementations très rigoureuses et sont mises en application, en France, par décrets publiés au Journal officiel !

Chantier Tunnel Métro Alger

Les mesure de sécurité prises sont drastiques, afin d’éviter tout risque de contact direct ou indirect. Aussi, les bornes de raccordement d’arrivée principale sont montées dans des boîtiers isolants assurant ainsi une protection en cas de débranchement des fils. Les départs vers les armoires passent par un ou plusieurs interrupteurs différentiels ainsi que par des disjoncteurs…

De même, les câbles doivent être résistant aux écrasements, chocs, hydrocarbures, ciments… et doivent être régulièrement contrôlés et protégés contre les chocs et les risques de chute d’objets risquant de blesser le câble.

Nous avons demandé si l’installation électrique avait été une vérifiée auprès d’un organisme agréé, et si Colas Rail Algérie possédait un certificat de conformité de l’installation électrique. Personne ne nous a apporté de réponses…

Rien non plus comment sur le niveau d’habilitation des ouvriers intervenant dans ce secteur du Tunnel ou sur l’application et le rappel des prescriptions de sécurité au personnel recruté…

Lorsque des personnes non habilitées travaillent sur un chantier près d’installations électrique, les travaux s’effectuent habituellement Hors tension, l’éclairage se faisant au moyen de lampes basses tensions, alimentées par un circuit électrique protégé et isolé…

Immédiatement transféré à l’hôpital, les médecins ont déclaré que Hammou B. nécessitait une évacuation immédiate à l’étranger, vu l’absence de matériel spécifique et vu la gravité de ses blessures. Colas Rail aurait selon nos informations refusé de prendre en charge le transfert de leur employé. Après trois semaines d’atroces souffrances, Hammou B. est mort sur son lit d’hôpital…

L’enquête interne va révéler que Hammou B. ne portait pas les équipements de sécurité nécessaires au travail auquel il a été assigné. Il n’avait ni gants, ni casque de protection, ni chaussures de sécurité…

Une source interne nous a indiqué que : « Le jour de l’accident, l’équipe de Hammou B. s’est rendue sur le chantier de construction du bureau ferroviaire de Colas, à ce moment-là à El-Harrach, pour récupérer les équipements de sécurité. Malheureusement, il n’y avait aucun équipement de sécurité pour eux. »

Selon nos informations, la directrice des achats, Mme Dahbia B. leur aurait affirmé que tant qu’ils étaient en période d’essai, elle ne pouvait leur affecter d’équipement de sécurité…

« En réalité, Colas Rail n’était disposée à dépenser de l’argent pour des ouvriers qui ne travailleraient que pendant quelques semaines pendant la période de pointe » Nous expliquera notre source.

La responsabilité de cet acte de négligence devrait directement incomber à l’employeur et donc à Yves Taridec, le Directeur du Consortium Colas Rail/ KouGC, qui aurait seul pris la décision finale d’envoyer l’équipe de Hammou B. sur site, alors qu’il ne pouvait ignorer les risques que celle-ci encourait, lui qui avait précédemment, au sein de Colas Rail, occupé la fonction de ”Responsable de secteur Courant Fort en milieu urbain”…

La malheureuse décision de Taridec découle-t-elle d’un manque de discernement après sa mise sous pression par les services d’Abdelghani Zaalane, l’ex Ministre des Transports qui est incarcéré à la prison d’El Harrach, ou se serait-il simplement résolu à envoyer l’équipe du jeune ouvrier disparu sans réfléchir aux conséquences, car il se savait protégé quoiqu’il arrive ? Mais alors dans ce cas, protégé par qui ?

S’il nous a été bien difficile de comprendre pourquoi Yves Taridec n’avait jamais été poursuivi par la Justice algérienne alors qu’il reste le premier responsable de la disparition tragique de Hammou B, il nous a été encore plus difficile de comprendre comment cette affaire n’avait jamais fuité sur la presse algérienne. La raison était pourtant bien simple…

Fin de la première partie. Vous retrouverez la suite de ces incroyables révélations dans nos prochaines publications.

Fabienne Outar

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