Exclusif – La raffinerie italienne que les algériens auraient dû acheter !

La Sicile, plate-forme pétrolière géopolitique par excellence, abrite dans ses terres orientales, à côté des villes portuaires de Milazzo, Augusta, Priolo, Melilli, Syracuse et Gela, quatre grandes raffineries de pétrole, dont l’une (Gela) a cessé de fonctionner en 2015.

À la fin des années 90, le prix du pétrole était très bas, l’économie en Italie et en Europe était florissante, le raffinage du pétrole était de loin l’activité économique la plus importante en Sicile, si bien que les capacités de raffinerie sicilienne représentaient environ la moitié de la capacité globale de raffinage du pétrole italien.

Si la position géographique de l’île est avantageuse à la fois pour l’importation de pétrole brut et pour la distribution de produits raffinés sur le marché intérieur italien et international, le pétrole raffiné dans ces grandes raffineries ne provient pas uniquement de pays exportateurs de pétrole.

En effet, la Sicile abrite également plusieurs plates-formes pétrolières offshore dans la zone sud-est de l’île.

Zone Industrielle – région de Syracuse en Sicile

Le pétrole brut à raffiner est récupéré des réservoirs de stockage, d’une capacité typique de 80-150 milliers de mètres cubes, régulièrement remplis par des pipelines transportant du pétrole brut déchargé d’un pétrolier ou de puits de pétrole.

Pour rappel, une raffinerie de pétrole convertit le pétrole brut, grâce à une série de processus physiques et chimiques tels que la distillation, la désulfuration catalytique et la conversion (craquage, hydrocraquage, etc.) en combustibles et matières premières pétrochimiques de valeur, y compris le gaz de pétrole liquéfié (GPL), naphta vierge, essence, carburéacteur, diesel et mazout…

Mais après la grande crise financière déclenchée en 2008, l’économie italienne a entamé un déclin sans précédent. Entre 2008 et 2013, le chômage a doublé du fait d’un revenu national en baisse de 9%, et d’une baisse de production industrielle de 25% !

Un marasme économique qui a poussé les sociétés pétrolières présentes en Italie à se débarrasser de leurs raffineries, de moins en moins rentables…

En raison du manque de capacité de raffinage suffisante, d’une économie en développement rapide et des besoins croissants d’une population jeune, l’Algérie a récemment enregistré une forte augmentation de la demande de carburant raffiné.

Le pays a dépensé 2,5 milliards de dollars pour les importations de carburant en 2017, soit trois fois plus que les 800 millions de dollars payés en 2016…

Rachetée à la fin de l’année 2018 par la compagnie pétrolière nationale algérienne Sonatrach, la raffinerie d’Augusta est la première raffinerie construite en Sicile. Grâce à des dépôts à Augusta, Palerme et Naples, la raffinerie fournit des carburants et d’autres produits dérivés du pétrole sur le territoire national italien depuis 1949.

Raffinerie d’Augusta appartenant à Sonatrach

Beaucoup de choses ont été dites sur ce rachat pour lequel la justice algérienne a ouvert une instruction judiciaire ayant menée à la mise en détention, le 02 Juillet 2020, de l’ancien Vice-Président de la Sonatrach Ahmed Mazighi.

Mais ce qui n’a pas été divulgué par les médias est que la société publique Sonatrach avait été en négociations avancées avec les propriétaires russes, d’une autre grande raffinerie située à Priolo, commune italienne de la province de Syracuse en Sicile !

En 2013, la société Lukoil, deuxième plus grand producteur de pétrole de Russie, avait en effet complété l’acquisition totale de la raffinerie de Priolo, dont le site nord fonctionnait depuis 1964 alors que le site sud avait commencé ses opérations en 1975.

Ce complexe appartenant avait été rebaptisé par les russes : Industry of Sicilian Asphalt and Bitumen (ISAB). Il comprend deux raffineries reliées par un système de pipelines et intégrées dans un seul complexe d’ingénierie d’une capacité totale de 16 MM tonnes par an, une batterie-citerne d’une capacité de 3700 Tcm et 3 terminaux maritimes.

Raffinerie de Priolo dans la province de Syracuse – Sicile, Italie.

Cette usine produit également de grandes quantités de naphta pour la production intégrée d’oléfines dans l’usine pétrochimique voisine, mais également du Kérosène.

A la fin de l’année 2014, Lukoil avait décidé de vendre son complexe de raffinerie de pétrole ISAB et sa filiale suisse de négoce d’énergie Litasco, dans le cadre de l’examen par la société russe de ses opérations à l’étranger.

Plusieurs parties avaient alors manifesté leur intérêt pour cette raffinerie , dont des raffineurs américains ou la compagnie pétrolière d’État de la République azerbaïdjanaise (SOCAR), mais également des groupes publiques d’Etats à l’instar de l’iranienne National Iranian Oil Company ou de l’algérienne Sonatrach.

Il faut dire que les algériens coopéraient déjà avec les russes dans le domaine de l’énergie. Le 04 Aout 2006, un protocole d’accord de coopération avait été signé par Victor Khristenko, Ministre de l’Industrie et de l’Énergie de la Fédération de Russie et Chakib Khelil, Ministre de l’Énergie et des Mines d’Algérie, permettant aux compagnies Lukoil et Sonatrach de développer des projets dans le domaine de la recherche, de l’exploration et du développement d’hydrocarbures, du raffinage et de la commercialisation d’hydrocarbures liquides et de l’échange d’expériences…

C’était donc une excellente opportunité d’achat qui se présentait à Sonatrach, renforcée par les déclarations du PDG de Lukoil, Vagit Alekperov, qui avait déclaré que la raffinerie de Priolo était en bon état et que tous les investissements nécessaires pour la mettre à jour avaient déjà été réalisés.

L’autre énorme avantage de ce rachat était que les ventes de la raffinerie ISAB étaient garantis par la société de négoce suisse Litasco, appartenant à Lukoil, et par un réseau de stations de services opérationnelles qui écoulait la majeure partie des produits pétroliers sur le marché de détail, via 5200 stations-service réparties dans 18 pays !

Pourquoi donc l’Algérie n’a pas plutôt acquis cette raffinerie, bien plus moderne et plus performante que celle d’Augusta, avec ses conditions drastiques imposées par ExxonMobil et vites acceptées par les responsables de la Sonatrach ?

En effet, il faut savoir que lors du deal de la raffinerie d’Augusta, Exxon Mobil, à travers sa filiale Esso Italie, s’est engagée à récupérer de manière exclusive les huiles de base produit par la raffinerie, selon des conditions de prix et de quantité imposées par le distributeur américain et non pas par Sonatrach… Une aberration dangereuse pour le pays, et que le gouvernement algérien n’a pu éviter !

Et c’est ces mêmes dirigeants qui, selon nos informations, ce seraient laissé persuader par les deux banques de conseil françaises, les dissuadant de conclure l’excellente affaire de rachat de la raffinerie russe de Lukoil pour leur suggérer, suivant des considérations politiques pro-occidentales, les Italiens d’Esso, filiale du géant américain ExxonMobil… Quel dommage !

Embourbés dans une crise énergétique mondiale, Sonatrach peine aujourd’hui à assurer l’entretien et le management d’Augusta largement déficitaire, alors que la raffinerie de Priolo a dégagé assez de bénéfices pour y investir plus de 60 millions de dollars ces trois prochaines années.

Le directeur général adjoint de Lukoil, Vadim Vorobyov, a expliqué au mois de Mars 2020 que l’investissement visait deux projets d’hydrotraitement pour améliorer la qualité du carburant des 320 000 barils de pétrole brut par jour et produira du diesel Euro V de haute qualité !

Encore une affaire ratée pour Sonatrach, la raffinerie italienne n’est plus à vendre !

Fabienne Outar

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