Comment La Situation Au Liban Risque de Ruiner les Algériens !

Le Liban ne cesse de s’enfoncer dans une grave crise économique et financière, particulièrement exacerbée depuis la fin du mois d’Août 2019, et dont les effets se sont encore aggravés après les mesures de confinement liées au Covid-19.

Pays parmi les plus endettés au monde avec une dette de 92 milliards de dollars, soit 170% du PIB, l’un des taux les plus élevés mondialement, ce petit pays du Moyen-Orient est aux prises avec une crise de liquidités, une récession économique et une hausse du chômage, qui a conduit plusieurs citoyens libanais au suicide à cause de la perte de leur pouvoir d’achat et des conditions de vie critiques, poussant d’autres citoyens en colère dans la violence, n’hésitant pas à lancer au mois d’avril 2020 un engin explosif contre une succursale de Fransabank, dans la troisième plus grande ville située au sud du Liban : Sidon.

Fransabank est issue d’une des premières banques installées au Liban : le crédit foncier d’Algérie et de Tunisie qui a ouvert une succursale à Beyrouth en 1921.

Au fil des décennies, la banque s’est transformée en un Groupe bancaire et financier comptant une dizaine de filiales spécialisées dans la banque de détail, l’étude de projets, la structuration de financements, la banque d’investissements, le crédit-bail, la bancassurance et l’immobilier.

Cette banque est principalement détenue par les deux frères Adnan et Adel Kassar, qui en sont actionnaires à hauteur de 39.81 %chacun. Le reste du capital du groupe bancaire est détenu comme suit :

  • Deutsche Investitions Und Entwicklungsgesellschaft mbh (DEG) 5.00%
  • Al-Fadl Holdings Limited – Arabie Saoudite 2.70%
  • The Public Institution for Social Security – Kuwait 2.00%
  • Autres (moins de 2% pour chacun) 10.68%

Adnan et Adel Kassar 

Le groupe FRANSABANK est aujourd’hui présent au Liban, à Chypre, en France, en Biélorussie, au Soudan, en Syrie, en Irak, aux Emirats Arabes Unis, en Côte d’Ivoire ainsi qu’en Algérie.

FRANSABANK El Djazaïr SPA, société à capitaux majoritairement libanais, a débuté ses activités en Algérie le 1er Octobre 2006, son capital se décline ainsi :

  • FRANSABANK S.A.L (Liban) 68%
  • GROUPE Mondial du Transport Maritime CMA CGM S.A. (France) 25%
  • MAGHREB TRUCK CO. S.A.L. appartenant aux frères Ammar et Mourad Salhi, concessionnaires du fabricant allemand de camions et autobus MAN (Algérie) 7%

En 2018, le dépôt de la clientèle de Fransabank El Djazaïr, que ce soit à vue ou à terme, a atteint 43 Milliards DZD, soit une augmentation de plus de 35 % par rapport à 2017. Ce montant correspond quasiment aux crédits directs destinés principalement aux activités de production de biens et services pour la même période, alors que le total des opérations à l’international avait atteint les 100 Milliards de DZD en 2018.

Cela a permis à cette banque de droit algérien, dirigée par Nadim le fils de Adel Kassar et dont le capital social s’élève à 10 Milliards de Dinars, de dégager en 2018 un résultat net de plus de 1,2 Milliards de Dinars !

Nadim Kassar – Président de Fransabank El Djazaïr

Pourtant, la récente dégradation de la situation économique du Pays a frappé de plein fouet les institutions financières, fragilisant un peu plus la banque des frères Kassar, qui selon nos informations va fermer plus de 50% de ses agences.

Il y a quelques semaines, alors qu’elle était Installée depuis 2014 dans la ville de Baghdad et dans la capitale du Kurdistan irakien Erbil, Fransabank a été contrainte de cesser ses activités en Irak…

Le 28 Juin 2020, la Banque centrale d’Irak a approuvé la décision du conseil d’administration de Fransabank de fermer sa filiale en Irak, à la condition expresse que la banque libanaise s’acquitte de toutes ses obligations envers ses clients.

Selon le Premier Ministre libanais, Hassan Diab, les banques du pays auraient perdu 5,7 milliards de dollars (5,2 milliards d’euros) les deux premiers mois de l’année en dépit de restrictions sur les retraits et les virements à l’étranger.

De son côté le gouverneur de la Banque du Liban aurait admis que les pertes bancaires atteindraient 83.5 milliards de dollars dont 43.7 milliards de dollars pour la Banque du Liban seulement !

Il faut savoir que les banques ont, depuis le dernier trimestre de l’année 2019, restreint les retraits en dollars avant de les arrêter complètement le mois dernier tout comme elles ont interdit tous les virements à l’étranger… Inquiétant !

Comme pour toutes banques opérant en Algérie, le dispositif de contrôle interne de Fransabank se réfère à la réglementation en vigueur, notamment le règlement 11-08 de la Banque d’Algérie sur le contrôle interne des banques et établissements financiers.

Mais en aucun cas la banque centrale ne peut prévenir l’interruption d’activité de la succursale algérienne de Fransabank si, à Beyrouth, la famille Kassar le décidait…

Toutefois, selon la législation algérienne, Fransabank El Djazaïer, au même titre que toute autre banque, ne pourrait plus exercer en Algérie si la maison mère se déclarait en faillite.

Dans son rapport annuel, Fransabank El Djazaïr aurait-elle prévenu les autorités financières algériennes sur les risques auxquels elle s’exposait du fait de la situation au Liban ?

Nous n’avons pas obtenu de réponse à cette question…

A l’heure actuelle, il est urgent que les autorités algériennes se penchent rapidement sur les risques de perte financière significative qui pourraient survenir suite à la probable fermeture de la filiale algérienne de Fransabank.

La centrale des risques de la Banque d’Algérie et la commission bancaire devraient y dépêcher une équipe d’inspecteurs et d’auditeurs afin de prévenir une éventuelle catastrophe économico-financière qui sanctionnerait, une fois encore, les algériens en cas de défaillance opérationnelle de la banque !

Fabienne Outar

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