Corruption – La Justice Américaine Porte un Coup Sévère à la Mafia Algérienne

Dans une déclaration émanant de la Commission de Sécurité et d’Echanges (SEC) dépendant du Ministère de la Justice américain et publiée ce 17 Avril 2020, l’administration des Etats Unis d’Amérique (USA) affirme avoir conclu ses investigations dans l’affaire opposant le gouvernement américain à la société pétrolière italienne Eni S.p.A.

L’enquête de la SEC a été menée grâce à l’aide de la section Fraude du Département américain de la Justice, du Bureau Fédéral d’Investigations (FBI), du parquet de Milan et de la bourse de Milan, la Commissione Nazionale italienne Per Le Societa E La Borsa (CONSOB).

La SEC, qui est l’autorité financière fédérale américaine, rend ainsi compte de la décision du Ministère de la Justice de cesser les poursuites pour corruption contre le groupe énergétique italien Eni, coté à la bourse de New York, et fait part d’une amende d’un montant de 24,5 Millions de dollars infligée au groupe pétrolier et gazier italien.

Dans son rapport annuel de 2019, Eni avait préalablement déclaré être en discussion avancée avec la SEC au sujet d’une résolution potentielle de l’enquête, portant sur les accusations de versements de pots de vin dont elle fait l’objet.

Selon la SEC, le groupe Eni a préféré recourir à un accord pour le règlement de l’affaire, sans admettre ni nier les conclusions de la SEC, acceptant la forte amende pour faire cesser les poursuites sur la violation des dispositions financières et le contrôle comptable de l’entreprise.

Cet incroyable rebondissement dans l’affaire qui avait défrayée la chronique, laisse clairement croire qu’Eni (à travers sa filiale Saipem) avait bien versé à des intermédiaires la somme de 198 millions d’euros contre l’obtention de contrats d’une valeur de 8 milliards d’euros avec la société publique algérienne Sonatrach !

En effet, en acceptant de payer l’amende de 24,5 Millions de dollars, Eni reconnait implicitement les accusations de violation des règles comptables relatifs à des paiements inappropriés dans le cadre de marchés publiques en Algérie…

La SEC va d’ailleurs aller plus loin dans son ordonnance d’accusation, en traitant Saipem et Eni comme récidivistes, ayant déjà été inculpés par la SEC en 2010 pour violation des mêmes dispositions comptables dans le cadre d’un système de corruption au Nigéria à travers la société Snamprogetti Netherlands, une filiale alors détenue à 100% par le groupe italien !

Dans l’affaire algérienne, Eni qui à l’époque des faits avait consolidé les états financiers de Saipem dans ses états comptables, n’a pas correctement enregistré dans ses livres et registres financiers, la véritable nature des paiements à l’intermédiaire, et n’a pas respecté ses obligations à maintenir un système de contrôles comptables internes conformément aux règles et exigences légales.

En effet, en ce qui concerne les versements de commissions à un intermédiaire dans le cadre de marchés publics liés à Sonatrach, les responsables d’Eni avaient qualifiés ces paiements, de manière inappropriée, de ”frais de courtage”, faisant également bénéficier le groupe pétrolier d’une déduction fiscale illégale au vu de la loi !

Le directeur financier de Saipem ainsi que d’autres cadres supérieurs auraient selon la SEC ”contourné les contrôles de passation de marchés et d’approvisionnement pour conclure des contrats avec l’intermédiaire, y compris en falsifiant et en antidatant les documents concernant les contrats intermédiaires dans les notes du conseil et les approbations”.

Pour rappel, entre 2007 et 2010 Saipem avait conclu quatre contrats fictifs avec l’intermédiaire Farid Bedjaoui, proche de l’ancien Ministre de l’Energie et PDG de la Sonatrach Chakib Khelil, pour aider le groupe italien à obtenir pas moins de 7 contrats attribués par la compagnie pétrolière publique algérienne Sonatrach en seulement deux années…

Saipem a alors versé environ 198 millions d’euros à Farid Bedjaoui, que l’ex Ministre algérien de l’Énergie a décrit comme son ”fils” selon le rapport de la SEC, qui a son tour a partagé une partie de cet argent avec de hauts fonctionnaires du gouvernement algérien ou leurs représentants.

Les révélations des Panama Papers en 2016 avaient démontré les liens entre Khelil, Saipem et Farid Bedjaoui et mis la lumière sur les 12 sociétés écran liées à Bedjaoui, toutes créées par Mossack Fonseca, le cabinet d’avocats basé au Panama.

Dans le document de la SEC, les enquêteurs font d’ailleurs une divulgation similaire, en attestant que lors de réunions avec la direction de Saipem, le ministre de l’Energie algérien de l’époque avait présenté Farid Bedjaoui, sans le citer, comme son secrétaire personnel…

Selon nos informations, c’est Omar Habbour, cité également dans une autre affaire de corruption, qui a présenté Farid Bedjaoui à Chakib Khelil, alors ministre algérien de l’énergie et des mines.

Najat et Chakib Khelil

Et c’est ainsi, grâce à ces cooptations et associations criminelles, qui auront émaillé le pays durant ces vingt dernières années, que l’argent de l’Algérie a été siphonné du trésor public au profit d’une élite…

Najat Khelil, l’épouse de l’ex-ministre de l’Énergie Chakib Khelil qui entamait sa cinquième année à la tête de l’Energie en Algérie, avait pu ainsi ouvrir en 2005 deux sociétés offshores au Panama, Carnelian Group Inc. et Parkford Consulting Inc, qu’elle a cédées en 2007 à Omar Habbour, l’homme d’affaires cité dans ce scandale de Sonatrach II, impliquant la société italienne Saipem…

De même Khaldoun Khelil, le fils de Chakib Khelil avait ouvert Collingdale Consultants Inc, une société off-shore gérant près de 15 millions de dollars d’actifs dans le même paradis fiscal !

Selon le groupe de recherche Global Financial Integrity, entre 2004 et 2013, l’Algérie aurait perdu en moyenne 1,5 milliard de dollars par an en raison de l’évasion fiscale, de la corruption, et de la criminalité.

Voilà comment la Issaba agissait et comment elle avait pu mettre en place système mafieux pour mener une véritable razzia sur les richesses du Pays…

Le gouvernement algérien s’était récemment exprimé sur ces sujets de dilapidation d’argent public et affirmé vouloir juger à nouveau les grandes affaires de corruption qui ont caractérisé l’ère de l’ex Président déchu Abdelaziz Bouteflika. A ce jour, Chakib Khelil refuse toujours de répondre aux convocations de la Cour suprême…

Rappelons enfin que le 15 janvier 2020, la cour d’appel de Milan avait, après une première condamnation, acquitté en appel Eni et sa filiale Saipem ainsi que tous les co-accusés dans le procès les visant pour corruption internationale en Algérie, ne maintenant que les fortes amendes et les saisies de biens.

Toutefois, l’affaire n’est pas close puisqu’il reste encore le recours à la cour suprême italienne de statuer sur un nouveau procès, et ce avant la fin de l’année 2020.

La justice américaine vient ainsi confirmer, comme l’avait démontré à l’époque l’enquête des services de renseignements algériens, l’implication effective de Khelil dans le système de prédation mis en place à Sonatrach et au Ministère de l’Energie, portant un coup sévère à la mafia algérienne.

Bachir Outaghani

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