L’Algérie va-t-elle échapper à ses vieux démons et à l’éternel recommencement ?

Le Groupe des 77 aux Nations unies est une coalition de pays en développement, conçue pour promouvoir les intérêts économiques et politiques collectifs de ses membres et créer une capacité de négociation accrue aux Nations unies afin de peser sur les décisions internationales.

Ce groupe fut fondé le 15 janvier 1964 par la Déclaration commune des 77 pays à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). La première rencontre d’importance de ces pays en développement, proclamant pour la première fois leur détermination à œuvrer à un nouvel ordre international, eut lieu à Alger en 1967 et sanctionné par la Charte d’Alger.

Créée à l’origine par 77 pays, ce groupement de Pays dont fait partie l’Algérie, représentant environ 60 % de la population mondiale et intégré depuis aux Nations Unies, compte actuellement 133 pays membres. Pourtant, l’usage impose de continuer de désigner cette union de manière officielle sous le signe G77.

En ce 3 Avril 2020, le G77 et la Chine, ont publié une déclaration concernant la pandémie du Covid-19, exprimant leur solidarité avec tous les pays touchés.

Le groupe G77 + Chine, représentant les trois quarts des membres des Nations unies et 80% de la population mondiale, a également exprimé son soutien et son admiration pour tous les personnels de santé et chercheurs médicaux qui sont en première ligne dans la lutte contre la maladie.

Le G77 et la Chine, visant implicitement les Etats-Unis, appellent par ailleurs la communauté internationale à adopter des mesures urgentes et efficaces pour éviter l’adoption des mesures économiques coercitives unilatérales aux dépens des pays en développement.

Cette déclaration publiée à New York, vise notamment “l’acquisition de matériel médical et de fournitures pour traiter de manière adéquate leurs populations face à cette pandémie”

Enfin le communiqué souligne que de telles mesures coercitives compromettraient non seulement la capacité des pays à répondre de façon efficace à la pandémie, mais nuiraient également à la coopération et à la solidarité essentielles entre ces pays.

Les Etats-Unis n’ayant pas souhaité, pour l’heure, accéder aux demandes de suspension des sanctions qui frappent des pays comme l’Iran, gravement atteints par la crise sanitaire.

Cette déclaration établie conjointement par le G77 et la Chine, pays membre de l’alliance des pays du Sud depuis 1972 même si certaines sources lui prêtent un rôle d’associé, porte à réflexion.

En effet, l’Empire du Milieu qui tient d’une part à se démarquer du G77 pour garder sa singularité, continue d’autre part d’utiliser le bloc des pays en développement pour asseoir sa supériorité économique et géopolitique.

Et c’est dès lors tout naturellement que l’on pourrait s’orienter vers une autre lecture de cette récente déclaration du 03 Avril, qui, il faut le noter, concerne deux acteurs bien différents.

D’un côté des pays du G77 démunis face à la crise sanitaire mondiale, et de l’autre, un pays ayant d’immenses capacités financières et économique, qui conjuguées à une récente expérience médicale réussie face au Covid-19, serait à même d’aider les premiers à s’en sortir…

Pour cela, torpiller les pays occidentaux, dans ce contexte de pandémie, à travers la coalition des pays du Sud, pour la plupart pauvres ou en voie de développement, est perçu par la Chine comme une opportunité à saisir afin de peser sur les nouveaux enjeux géopolitiques en évolution.

Il faut savoir que pour des impératifs économiques, la Chine, championne mondiale en matière de croissance, doit dépenser 6400 milliards d’Euros pour régler d’ici 2040 son problème de consommation énergétique, son besoin en produits miniers et relancer son économie.

Cette soif expansionniste commerciale chinoise a déjà amené Pékin à devenir le plus grand prêteur auprès de nombreux pays endettés, surpassant de loin la Banque mondiale, et ce dans le seul but d’avoir accès à leurs ressources naturelles et à leurs marchés intérieurs.

Cette agitation sino-médiatico-économique, aux arrière-pensées néo-colonialistes, vient nous rappeler les enseignements de l’Histoire. De tout temps, les colonisateurs se sont référés à des raisons humanitaires et civilisationnels pour justifier leur impérialisme abject…

La seule différence, est que cette fois-ci ce sera avec la bénédiction des futurs pays colonisés…

Réunion du G77 à l’ONU

Le 19 Février 2020, l’ambassadeur et représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, Sofiane Mimouni, a appelé les pays membres du G77+Chine à s’unir et à préserver leur cohésion pour mieux défendre leurs intérêts lors des prochaines négociations de l’ONU.

Le représentant permanent de l’Algérie a par ailleurs déclaré que “le renforcement de la coopération sud-sud est une responsabilité des pays du sud et que le développement ne pourrait avoir lieu que dans des conditions fondamentales d’équité, de progrès social et de respect de la souveraineté et de l’égalité dans les relations économiques et politiques avec les pays du nord”.

Un discours qui tranche avec la réalité, car si la Chine a pu arriver à juguler la pauvreté sur son territoire et se développer du point de vue technologique et industriel, on en est bien loin en Algérie ou dans la plupart des pays du G77.

Dans un aveugle soutien à l’offensive chinoise, l’ambassadeur Mimouni a indiqué que les pouvoirs publics algériens allaient développer des partenariats innovants et inclusifs pour lancer des mécanismes concrets de coopération en vue de favoriser une interaction économique et commerciale soutenue entre les pays du Sud…

Sauf que d’économie et d’industrie nous n’en avons point à part celles déclinantes liées aux énergies d’extractions, et que tous les mécanismes et partenariats mis en place n’on valu à l’Algérie qu’une saignée en devises et au pillage de richesse.

Cette léthargie du pouvoir algérien actuel, face aux enjeux qui se trament et qui compromettent le développement du pays, n’augure rien de bon pour le peuple. Mais pas que…

La baisse des revenus pétroliers due à l’affaiblissement du prix de l’or noir, la diminution de la demande mondiale en hydrocarbures, l’absence de vision et de projet de société, la désastreuse gestion de la pandémie du Covid-19 et la pression du Hirak qui reprendra au-delà de l’urgence sanitaire, vaudra à Tebboune et à son gouvernement leur place avant la fin de l’été. C’est la seule dernière concession que pourra faire le régime pour sauver sa peau.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune

Abdiquant devant un impérialisme étranger destructeur, soumise à une politique d’incompétents qui fait le lit de tous les extrémismes, dépendante d’une source de revenus qui se tarit, l’Algérie plonge dangereusement dans l’incertitude…

L’histoire est un perpétuel recommencement. Serions-nous condamnés à vivre inlassablement cette affirmation de l’historien grec Thucydide ? Si la question se pose, c’est parce qu’il n’est pas encore trop tard pour bien faire !

Y.F. Cheikh

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