Décryptage – L’Envers de la Visite d’un Responsable du Département d’Etat Américain en Algérie.

Le secrétaire d’État adjoint aux Affaires Politico-Militaires R. Clarke Cooper était en Algérie, du 29 février au 2 mars, pour tenir des consultations avec de hauts responsables civils et militaires sur la sécurité régionale et les questions connexes.

Si les questions de sécurité régionales auxquelles il est fait référence sont prévisibles et suscitent un intérêt particulier pour les deux pays, tels : le trafic de stupéfiants, le terrorisme, l’instabilité politique et sécuritaire dans les pays frontaliers de l’Algérie (Sahara Occidental, Pays du Sahel et Libye), les questions connexes dont fait part le département d’Etat américain restent assez vagues.

Conférence de Presse R. Clarke Cooper – Sabri Boukadoum

« C’est un honneur pour moi d’être aujourd’hui en Algérie, l’Algérie nouvelle. Je suis là aujourd’hui en compagnie de plusieurs de mes collègues en vue d’examiner les moyens d’œuvrer avec l’Algérie nouvelle dans le cadre du partenariat », a indiqué M. Cooper dans une déclaration à la presse au niveau du Ministère des Affaires Etrangères sur les hauteurs d’Alger.

Mais qui est R. Clarke Cooper ?

Cooper est né au Nouveau-Mexique et a grandi dans le nord de la Floride ou il a poursuivi des études à l’Université d’Etat de Floride.

C’est le 30 avril 2019, que ce franc-maçon a été confirmé par le Sénat comme secrétaire adjoint aux affaires politico-militaires, après avoir été directeur de la planification du renseignement pour le Commandement des opérations spéciales interarmées.

Auparavant, en mars 2012, Cooper avait été chroniqueur pour le Washington Times, se concentrant sur les questions politiques dans une perspective LGBT conservatrice.

Marié une première fois à l’ancien procureur américain Mr Dexter Lehtinen, Clarke Cooper a été tour à tour conseiller principal au Bureau des affaires du Proche-Orient puis conseiller à l’ambassade des États-Unis à Bagdad.

Ce fervent défenseur de la cause gay, remarié à son collègue vétéran de combat Michael Marin, a également servi au commandement des Etats-Unis pour l’Afrique, au commandement des opérations spéciales en Afrique et dans les forces spéciales d’interventions conjointes Transsahariennes.

R.Clarke Cooper, devant le secrétaire d’État Mike Pompeo, accompagné de de son mari Mike Marin et de sa mère, Tracy Clarke Cooper Tuckman.

 

Des sanctions américaines contre Alger ?

En 2017, l’Algérie avait entamé des discussions avec les États-Unis pour éviter des sanctions sur ses achats d’armes à la Russie, dont elle dépend pour sa défense nationale.

Discussions d’ailleurs confirmées par l’Ambassade des États-Unis à Alger, qui avait déclaré qu’il y avait eu des pourparlers concernant le Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA).

La loi CAATSA qu’aucun considère comme un protectionnisme déguisé et une politique extraterritoriale agressive, permettant aux Etats-Unis de Trump de sanctionner la Russie et de dominer le reste du monde, en ce sens qu’elle impose des sanctions économiques contre toute entité ou pays, qui conclut des contrats d’armement avec des entreprises russes.

Clarke Cooper reçu par le Général-Major Mohamed Bachar, chef du département emploi-préparation de l’Etat-major de l’Armée Nationale Populaire

En cas de violation de la CAATSA, l’Algérie pourrait par exemple être exposée à des sanctions parmi lesquelles une exclusion du système financier américain, une interdiction d’effectuer des transactions en dollars américains, ou une interdiction d’importation et d’exportation avec les Etats-Unis !

Le 31 octobre dernier au Meridian International Center, une organisation qui travaille en étroite collaboration avec le Département d’Etat américain pour créer des programmes et des partenariats avec des pays tiers, R. Clarke Cooper avait rencontré plusieurs ambassadeurs et attachés de défense du monde entier pour un échange axé sur la coopération et la concurrence entre les puissances mondiales en matière de sécurité et de défense.

À l’ambassadeur d’Algérie aux Etats Unis Madjid Bouguerra, qui avait demandé des explications sur le CAATSA, Cooper avait déclaré que celle-ci n’avait pas été mise en place pour mettre en péril les chaînes d’approvisionnement existantes avec la Russie, mais pour atténuer toute nouvelle grande acquisition de matériel militaire.

Pour rappel, Le Ministère de la Défense Nationale, qui se dote de plus de 12 Milliards de US Dollars/an au titre de ses dépenses de fonctionnement, consacre la quasi-totalité de son budget d’équipement militaire à la Russie…

Nouvelles perspectives algériennes pour les Etats Unis

Il faut savoir que le bureau des affaires politico-militaires du département d’Etat américain de R. Clarke Cooper établit des partenariats de sécurité durables pour faire avancer les objectifs de sécurité nationale des États-Unis, tout en fournissant des orientations politiques dans les domaines de la sécurité internationale, de l’assistance à la sécurité, des opérations militaires, de la stratégie et des plans de défense et du commerce de la défense. Il est à ce titre le principal lien du Département d’État avec le Département de la défense.

Et si les Etats-Unis s’intéressent à l’Algérie et à l’évolution de sa nouvelle situation socio-politique après l’accession récente d’Abdelmadjid Tebboune à la Présidence de la République, la visite algéroise du secrétaire adjoint pour les affaires politico-militaires au Département d’État s’inscrit de fait dans l’optique de faire progresser les intérêts de la sécurité nationale des Etats-Unis en coordonnant avec Alger la vente d’armes conventionnelles américaines, tout en limitant l’influence de la Russie et la Chine… Business is Business !

Il faut dire que chaque année, le bureau de R. Clarke Cooper supervise plus de 190 milliards de dollars de transferts de défense américains !

Le 13 juillet 2018, le secrétaire d’État avait soumis un plan dans le cadre de la politique de transfert d’armes conventionnelles, conforme à la stratégie de sécurité nationale des États-Unis et à leurs intérêts économiques.

Ce plan repose essentiellement sur la priorisation d’une concurrence stratégique et la création d’environnements propices en identifiant les besoins en capacités critiques et accélérer les transferts qui soutiennent les objectifs essentiels de politique étrangère et de sécurité nationale américaine.

Les Etats Unis vont-ils pouvoir arriver à leur fin et concurrencer le matériel et les avantages que leurs adversaires offrent à l’Algérie ?

Fabienne Outar

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