Algérie.Lutte contre la corruption – Le cas de Mohamed Loukal et Mustapha Zikara

Mohamed Loukal, l’actuel Ministre des finances du gouvernement algérien avait été PDG de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) pendant 15 années entre 2001 et 2016 avant d’être nommé Gouverneur de la Banque d’Algérie entre 2016 et 2019.

L’histoire retiendra que c’est sous la direction de ce diplômé de Hautes Etudes Supérieures Bancaires, âgé aujourd’hui de 69 ans, que le financement non conventionnel a été instauré.

Afin de surmonter la crise financière et économique induite par la baisse des prix du pétrole en 2014 et à la gestion catastrophique de l’ère Bouteflika, la principale institution financière du pays a été désignée par le cabinet de la présidence de la République, dont Ahmed Ouyahia était à la tête, pour apporter des solutions à la question des déficits.

Rappelons que les caisses du trésor algérien, vidées au profit de quelques oligarques aujourd’hui pour partie écroués à la prison d’El Harrach, étaient dans l’incapacité de rémunérer les fonctionnaires et les retraités.

En Mai 2016, L’ex gouverneur de la banque d’Algérie Mohamed Laksaci est limogé du gouvernement Sellal, au profit de Mohammed Loukal. A quelques jours près c’est autour de Hadji Baba Ammi, Ministre des Finances, d’être écarté du Gouvernement et remplacé le 25 mai 2017 par Abderrahmane Raouya…

Selon nos sources, l’ancien Ministre des finances, Hadji Baba Ammi, et l’ancien Gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Laksaci, avaient ainsi payé leur opposition au financement non conventionnel que la présidence voulait imposer afin d’éviter les troubles sociaux, et répondre favorablement à l’impératif de la réélection de Abdelaziz Bouteflika.

Avec le recours à la planche à billet, ce sont plus de 55 milliards de dollars qui vont être à ce jour imprimés.

Pourtant, à la veille de quitter la banque centrale algérienne pour le Ministère des finances, Mohamed Loukal annoncera à demi-mots à travers une note de la Banque d’Algérie, qu’il n’avait pas été d’accord avec la décision du recours au financement non conventionnel, opération faut-il le rappeler qu’il a toutefois lui-même conduite durant ces trois dernières années !

Rappelons tout de même que Mohamed Loukal était considéré comme le véritable trésorier du régime Bouteflika quand il a été placé PDG de la BEA juste après l’arrivée de l’ex président algérien à la tête de l’Etat.

Assurément parce que cette banque est la plus stratégique du système banquier national algérien, puisque c’est elle qui domicilie les comptes de la Sonatrach et donc la rente pétrolière, du fait que l’ensemble des recettes d’exportation des hydrocarbures sont versées en ses caisses.

Conséquemment, la santé financière de la BEA dépend principalement des recettes pétrolières qui lui sont transférées. La majeure partie de sa profitabilité et des bénéfices dégagés sont tirés d’opérations de placements de ces mêmes avoirs, auprès de la Banque d’Algérie…

Cela tendrait à expliquer pourquoi Mohamed Loukal a été maintenu par la Présidence à la tête de la BEA pendant plus de 15 années et ce, malgré les nombreuses affaires qui avaient entachées son mandat.

En effet, d’après ce qui a été rapporté par le consortium international des journalistes d’investigations (ICIJ), le nom de la BEA a été cité dans les documents dans le cadre du scandale des Panama Papers.

La BEA apparait en tant qu’actionnaire de société offshore : Algerian Saudi Leasing Ltd, société basée en Tunisie et enregistrée aux îles Vierges britanniques.

Selon les mêmes sources, la BEA avait été actionnaire dans la société saoudienne «Al Baraka Investments and Development CO», basée à Djeddah, en Arabie Saoudite, avec une adresse localisée en Chine à Hingbo City. Toujours selon les mêmes révélations, cette société a été créée par une filiale du groupe «Al Baraka», Arab Leasing International Finance.

Une opération certainement facilitée par les nombreux mandats qu’avait assuré Loukal dans les filiales et participations de la BEA en Algérie et à l’International.

Loukal a été tour à tour Président du Conseil d’Administration et Directeur Général de la Banque Intercontinentale Arabe à Paris. Membre du Conseil d’Administration et membre du Comité Exécutif de l’Union des Banques Arabes et Françaises (UBAF) à Paris. Membre du Conseil d’Administration et membre du Comité Exécutif et d’Audit de la British Arab Commercial Bank (BACB) à Londres. Membre du Conseil d’Administration de la Banque du Maghreb Arabe pour l’investissement et le Commerce (BAMIC). Président du Conseil d’Administration d’IJAR LEASING ALGERIE, avec Novo Banco au Portugal. Co-président du Comité Bancassurance dans le partenariat BEA-AXA-FNI. Président de l’Union des Banques Maghrébines (UBM) à Tunis. Membre du Conseil d’Administration de la Banque BIA à Paris. Membre du Conseil d’Administration de Arab Bank for Investment and Foreign Trade (ARBIFT- EL MASRAF) à Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis.

Aux révélations de l’implication et participation de la BEA dans une société off-shore domiciliée dans un paradis fiscal, Mohamed Loukal affirme que durant les années 1990,  »il fallait bien trouver des alternatives de financement, le leasing financier international a été une voie, personne ne voulait nous prêter »…

D’autres affaires douteuses sont liées à d’importants engagements financiers et distribution de crédits de complaisance de la part des responsables de la BEA au profit de certaines sociétés privées.

Ainsi, le groupe TAURUS domicilié à l’agence du Ravin de la femme sauvage à Bir-Mandrais à Alger, a bénéficié de crédits maintes fois rééchelonnés, et ce sans contrôle ou visites sur terrain pour vérifier l’état d’avancement de l’aménagements de stations de services, de centre enfuteur et de dépôt de carburant.

Les engagements s’élevaient à plus de 8 Milliards de Dinars, soit 80 % de l’ensemble des crédits accordés par l’Agence Ravin au secteur privé…

IVPP Oran, entreprise du groupe IVAL Pharma spécialisée dans l’importation de médicaments, s’est endettée auprès de banques publiques et privées sans disposer de réelles capacités de remboursement. Sa dette également plusieurs fois restructurée a dépassé les 8 milliards de DA.

Un autre scandale interne avait a étonné les cadres de cette banque. L’exercice 2007 de la BEA a été sanctionné par un rapport élaboré par un cabinet d’expertise français. Les principes comptables contenus dans le rapport ont, selon les cadres internes de la banque, été largement plagiés d’une banque régionale française.

»Ce rapport, même parfois en contradiction avec la réalité algérienne, qui énonce des principes qui s’inspirent des règlements et du code de commerce français, ainsi que des normes IFRS, qui n’étaient même pas en vigueur en 2007 en Algérie a été chèrement payé en euros’’ a indiqué un cadre de la BEA.

Le népotisme et le copinage auront également marqués le passage de Loukal à la BEA et à la Banque d’Algérie. La chargée de la communication de la BEA à l’époque, Mme Naima Bourouis avait été assistante de Loukal avant d’être promue comme chef de département central. Après avoir rejoint la Banque d’Algérie, Naima Bourouis y accompagne Loukal et se retrouve Directrice de la Communication et des Relations Extérieures. Va-t-elle pour autant rejoindre le Ministère des finances sous peu ?

Mais ce qui est encore plus troublant, c’est tout de même de retrouver Mustapha Zikara, l’ex Directeur Général des Impôts (DGI) par intérim, recruté en toute discrétion au cabinet du Ministre des Finances Loukal, alors qu’il a été limogé de son poste à la DGI par le nouveau chef de l’Etat le 30 Avril 2019 !

Algeriepart avait largement fait part de la gestion douteuse et des actes de népotisme manifestes prises par ce personnage durant sa carrière aux services des impôts. Lafarge, Bein Sport, Staem, autant de scandales restés sans suite judiciaire…

Mustapha Zikara, qui conseille l’actuel Ministre des Finances Mohamed Loukal, avait été jusqu’à remettre en question des accords bilatéraux paraphés par le Chef de l’Etat Algérien avec d’autres Pays étrangers.

Voilà comment les caciques et chevilles ouvrières du régime se protègent les uns les autres, et tentent d’échapper à la justice algérienne.

Quoiqu’il en soit, la brigade des investigations de la Gendarmerie nationale avait remis au mois d’avril 2019 des convocations, à Ahmed Ouyahia et Mohamed Loukal pour comparaitre devant le Procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed.

Mohamed Loukal avait été convoqué en sa qualité d’ancien directeur de banques et de Gouverneur de la Banque d’Algérie pour être également interrogé dans des affaires de dilapidation de biens publics et d’octroi d’avantages illégaux.

Si Ahmed Ouyahia se retrouve aujourd’hui en prison, pour « dilapidation de deniers publics et octroi d’avantages illégaux », pourquoi Mohamed Loukal est épargné ?

Selon nos informations, Mohamed Loukal, aurait rassemblé des dossiers concernant les transactions bancaires et l’état des lieux des crédits bancaires contractés par de nombreux oligarques qui font l’objet depuis plusieurs mois d’enquêtes préliminaires sur des faits de corruption.

L’actuel Ministre des Finances, sentant probablement le vent tourner, avait alors pris le soin de remettre ses dossiers au chef de cabinet du chef d’Etat-Major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah.

Est-ce pour autant suffisant pour sauver sa tête et celle du régime qu’il incarne et que continue de rejeter l’ensemble des algériens ? Rien n’est moins sûr !

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