Enquête exclusive – Les millions de dollars du fils du PDG de SONATRACH.

Lorsqu’une personne procède à des opérations boursières en fonction d’informations qui ne sont pas encore rendues publiques, il commet un délit d’initié. Le délit d’initié s’étend à toutes les personnes susceptibles de recueillir des informations privilégiée grâce à leur profession (PDG, Directeurs d’entreprises, Traders…). Ce type de transaction boursière est illégal et est passible de fortes amendes et d’une peine de prison.

La Securities and Exchange Commission, (SEC), est l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. C’est en quelque sorte le « gendarme de la Bourse » américain.

Fortress Investment Group.

Le 14 Février 2017, lors de l’annonce du rachat de Fortress Investment Group, fonds de gestion de portefeuille basé à New York, par le géant japonais des télécoms SoftBank, la SEC avait découvert d’importants et très suspects ordres d’achats, opérés par plusieurs traders en dehors des Etats Unis d’Amérique, dans cette transaction qui s’élève à 3,3 Milliards de Dollars.

Alors que les directeurs de Fortress Investment Group avaient reçu un mail à 11h02 dans la journée du 14 Février 2017, les achats de titres opérés par certains traders étrangers avaient commencé dés 11H35 note la SEC, qui affirme par ailleurs que ces opérations suspectes et délictuelles ont engendré un profit approximatif de 3,6 Millions de Dollars.

La SEC a alors dressé un rapport aux autorités judiciaires, accusant les traders étrangers d’avoir pris connaissance d’informations privilégiées en se basant sur le constat de l’envolée des échanges de titres et du brusque renchérissement de l’action de Fortress Investment Group, liés au rachat de cette dernière, qui a atteint 1627% entre le 14 et le 15 Février 2017 !

Une plainte a alors été déposée le 24 Février 2017 au niveau du tribunal du New Jersey demandant des poursuites judiciaires contre les traders contrevenants, pour avoir enfreint les lois américaines et demandant leur identification formelle, le gel de leurs avoirs, le rapatriement des actifs immobiliers acquis et le paiement d’une amende.

Le 28 Avril 2017, après avoir identifié formellement les véritables donneurs d’ordre, la SEC verse un nouveau document avec plus de détails au tribunal du New Jersey.

Une chance inouïe

Parmi les accusés on retrouve : Nacim Ould Kaddour, le fils du PDG de Sonatrach, la société publique algérienne d’hydrocarbures.

La SEC a indiqué dans le document d’accusation que Nacim Ould Kaddour, citoyen américain âgé de 38 ans et vivant à l’étranger, possédait et contrôlait la société Lotus Trading Sal Holding basée au Liban.

Les titres de Fortress ont tous été acquis à travers un instrument financier dérivé qui porte le nom de ‘’contract for difference ‘’ou contrat sur la différence.

Il s’agit d’un accord de spéculation entre un client et son courtier où l’une des parties est l’acheteur et l’autre vendeur, stipulant que l’acheteur encaissera ou décaissera la différence entre le prix de l’actif au moment de sa vente et son prix au moment de l’exécution du contrat et permet de réaliser des profits indexés sur la variation à la hausse ou à la baisse du cours d’une action.

La société Lotus a procédé, sur ordre de Nacim Ould Kaddour, à l’achat et à la vente des titres de Fortress par l’agence de courtage libanaise Fidus, filiale de la Société Générale de Banque au Liban (SGBL), et la singapourienne Maybank entre le 14 et le 15 Février 2017, pour engranger un gain substantiel de près de 854.000 Dollars qui, toujours selon la SEC, ne pouvait être possible que sur la base d’un accès privilégié à une information confidentielle relative à la vente effective de Fortress.

Pour cela, la SEC affirme que Nacim Ould Kaddour avait acquis 500.000 actions de Fortress pour un montant de 3,123 Millions de Dollars le 14 Février pour les revendre le lendemain 15 Février pour un montant de 3,976 Millions de Dollars !

La SEC a considéré que Nacim Ould Kaddour, tout comme les autres ‘’heureux traders’’, avait été en possession d’informations confidentielles et non publiques sur l’achat de Fortress par SoftBank, tout comme elle avait également noté que Fortress et SoftBank avaient pris, par ailleurs, toutes les mesures nécessaires à la protection de cette information stratégique.

La défense des accusés s’est essentiellement basée sur la forme de l’accusation et non sur le fonds de celle-ci. Selon les avocats de la défense, la SEC n’a fourni aucun fait établissant les éléments nécessaires pour énoncer la responsabilité des accusés, ni l’identité du présumé informateur potentiel ayant transmis des informations privilégiées aux trader, ni comment le présumé informateur a-t-il lui-même eu accès à l’information confidentielle…

La défense de LOTUS, représentée par Mr Amit Sondhi du cabinet Mintz & Gold LLP basé à New York, a également demandé le rejet de la plainte de la SEC le 07 Avril 2017, déclarant que la SEC n’avait apporté aucune preuve tangible contre les accusés dans les fraudes qu’elle dénonce et sur des contrats d’achats de valeurs mobilières qui ont été effectués en dehors de la juridiction américaine et ne sont donc pas soumis à réglementation américaine.

Le prestigieux cabinet d’avocat Greenberg Traurig, possède une antenne pour la zone Afrique et moyen orient dont le siège se trouve à Tel-Aviv en Israel. Le cabinet est co-présidé par William Garner, basé à Houston, spécialiste des énergies pétrolières dans l’industrie du gaz et expert en gaz non conventionnels, qui a déjà travaillé dans des projets dans le secteur pétrolier en Algérie.

Défendant un des autres accusés, le cabinet Greenberg Traurig avait indiqué que les contrats sur différence avaient permis aux traders de spéculer sur le mouvement du titre de Fortress sur marge et que cela ne nécessitait que de faibles engagements et dépenses en numéraire pour prendre des positions importantes en pariant sur le mouvement de l’action de Fortress.

Le 27 Septembre 2018, le tribunal du New Jersey s’est rangé du côté de la défense et a rejeté en partie les accusations de délit d’initié invoqué par la SEC en première instance.

La présidente du tribunal, Mme Claire C. Cecchi, s’est appuyé sur une jurisprudence favorable, rejetant ainsi ce qu’elle estime être un raccourci hâtif de la SEC dans ses déclarations tendant à rendre suspicieux les négociations de titres sur la base du timing, du volume et des profits générés.

La SEC avait 30 jours pour faire appel de la décision rendue.

Des nombreux soupçons de délit d’initié

La société Lotus appartenant à Nacim Ould Kaddour est citée dans plusieurs autres affaires, qui selon la SEC, seraient tout aussi suspectes.

CYNOSURE

Le 22 Janvier 2017 la société Cynosure, qui produit des équipements lasers pour la médecine, avait décidé de faire appel à des auditeurs financiers pour se préparer à des options stratégiques futures. Cette annonce avait fait grimper le titre de 12 %.

Préalablement à cette annonce, entre le 28 décembre 2016 et le 8 Janvier 2017, le cabinet de trading Fidus avait acquis 26.882 actions de la société Cynosure pour un montant de 1,205 Millions de Dollars, à travers les mêmes comptes utilisés pour l’achat des titres de Fortress à travers la MayBank…

Lotus, la société de Nacim Ould Kaddour a alors vendu les titres acquis le 23 Janvier 2017, empochant au passage 83.844 Dollars de gains.

Puis entre le 30 Janvier et le 13 Février 2017, Fidus a encore acquis pour Lotus, toujours dans les mêmes conditions qu’auparavant, 140.500 actions de Cynosure et ce pour un montant de 6,957 Millions de Dollars !

Le 14 Février 2017, la société Hologic annonce le rachat de toutes les actions de Cynosure ce qui a conduit à un bond du titre de Hologic en bourse de plus de 21%.

La vente de ces nouvelles actions acquises par Fidus pour le compte de Lotus s’est effectuée en deux temps et a permis de dégager un gain substantiel de 608.148,72 Dollars.

UNILEVER

Utilisant le même schéma que pour les autres acquisitions citées plus haut, Lotus avait acquis entre le 15 et le 16 Février 2017, 55.000 actions d’Unilever à travers le trader Fidus pour un montant de 2,328 Millions de dollars.

Le 17 Février 2017 une information avait été lancée concernant une probable offre d’achat de la société anglo-néerlandaise Unilever N.V/PLC par le géant américain de l’agroalimentaire Kraft-Heinz, faisant grimper le prix de l’action d’Unilever.

La vente des titres acquis par le fils du PDG de Sonatrach s’est effectuée en deux temps, le 16 et le 17 Février 2017 et a permis une plus-value à Lotus de 188.355,76 Dollars.

Le rachat d’Unilever par Kraft-Heinz ne s’est finalement pas effectué.

GLOBAL BLOOD THERAPEUTICS

Entre le 13 et le 15 Février 2017, Fidus a utilisé les mêmes comptes pour l’acquisition de Fortress au profit de l’entreprise Lotus de Nacim Ould Kaddour, en passant par MayBank à Singapour, pour acheter 170.000 actions de la société Global Blood Therapeutics pour un montant de 3,765 Millions de Dollars.

Le 8 Mars 2017, l’agence d’information Reuters annonce que la société Biopharmaceutique Global Blood Therapeutics avait été approchée par le spécialiste du diabète danois Novo-Nordisc pour discuter d’une éventuelle acquisition.

Comme toujours, cette simple annonce a fait évoluer le titre vers le haut de dépassant les 17%.

Les gains estimés pour l’opération de vente de ces titres par Lotus pourraient dépasser les 560.000 Dollars.

Des financements en millions de dollars

De achats massifs d’actions, opérés quelques temps avant l’envolée de chaque titre suite à des annonces de rachat, ont été mené avec presque toujours le même groupe de traders basés dans différents pays et au même moment. Hasard ?

Dans tous les cas cités plus haut et si on écarte le délit d’initié, quel serait le qualificatif le plus adéquat qui pourrait être donné à Nacim Ould Kaddour pour le succès de ses activités de trading de sa société Lotus, chanceux ou génie des affaires ?

Nous avons fait un rapide calcul et avons constaté que la société Lotus appartenant à Nacim Ould Kaddour avait effectué plusieurs achats de titres boursiers en un laps de temps très court.

Ainsi durant le seul mois de Février 2017, c’est plus de 13 Millions de dollars que le fils du PDG de Sonatrach, qui va fêter ses 40 ans au mois d’Avril 2019, a mobilisé et engagé pour la seule spéculation boursière !

Des questions sans réponses

Nous avons alors contacté directement l’intéressé pour lui demander quelle était sa version des faits sur l’ensemble de ces faits évoqués dans notre article.

Nacim Ould Kaddour nous a répondu qu’il n’y avait plus de procédures ! un jugement en sa faveur avait été rendu il y a plusieurs mois déjà et la SEC n’avait pas usé de son droit d’appel.

A nos autres questions concernant les cas de suspicions de délit d’initiés dans les affaires citées plus haut nous n’avons pas obtenu de réponses.

Nous lui avons alors posé une question plus directe à savoir s’il avait bénéficié d’informations confidentielles et privilégiées qui auraient permis d’avoir du succès dans ses affaires dans les services, le trading et l’industrie pétrolière aux travers de ses nombreuses sociétés telles Engons Contracting and Trading ltd à Londres, dans laquelle il a repris le contrôle en y injectant 50.000 £ (GPB) selon communiqué datant de Juillet 2017.

Nous n’avons pas eu de réponse.

De même que nous n’avons pas pu avoir plus de réponses à propos de l’origine des fonds utilisés qui se chiffrent en millions de dollars qui transitent à travers des sociétés Offshore telles Lotus, Synergex et Farahead Equipment Energy Limited, Potter Financial et Dudley Investment, ou Essence-Ciel et Delta Consulting, toutes citées dans le scandale du cabinet Mossack Fonseca révélées par panama papers qui seraient toutes liées à Nacim Ould Kaddour…

Un silence qui pourrait ouvrir les portes à de profonds doutes. 

Alors finalement, chanceux ou génie des affaires ?

Djazair Djazairi.

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