Enquête exclusive. Des cadres incompétents, résultats financiers douteux : une importante institution bancaire algérienne à la dérive

En Septembre 2016, le commissaire au compte du Fonds National d’Investissement (FNI) adresse au Directeur Général de cette institution, un rapport général et technique concernant la certification des comptes de l’année 2015.

Il est reporté dans ce rapport une diminution de la trésorerie de plus de 249 Milliards de DA ayant pour cause l’acquisition de 51% des parts de Djezzy.

Même si le commissaire au compte connaît la réalité de ces avoirs, il rappelle toutefois que d’importantes incohérences dans les rapprochements bancaires et insuffisances en matière d’enregistrement comptable subsistent.

Parmi elles, le compte ”régularisations sur opérations avec l’état” d’un montant de près de 5,4 Milliards de DA à l’actif du bilan.

Il a également relevé des carences en matière de suivi et de calcul des amortissements et de présentation de résultats d’opérations d’inventaires.

Ou encore le non-respect des règles imposées par le Système Comptable Financier (SCF) quant aux détentions pour comptes de la clientèle qui sont présentés de manière compensées au lieu de présenter les débiteurs à l’actif et ceux créditeurs dans le passif du bilan.

Sommés de trouver une solution quant à la régularisation de ses comptes, le FNI soumet au comité de Direction et au Ministère des finances, pour l’exercice 2017, un rapport sur les comptes d’attente à régulariser et les comptes dettes envers les institutions financières.

Non-respect des principes comptables

Les deux comptes à régulariser restés en attente depuis 2005 sont, à l’actif, le compte N° 369 70 100 100 12, enregistrant un montant de 5.393.480.938,99 DA, et le  compte N° 369 80 100 100 10 pour le passif, pour un montant de 1.048.413.499,98 DA.

En temps normal, le traitement comptable ne permet aucune modification après les travaux de clôture de fin d’année, car les comptes sont verrouillés systématiquement pour qu’aucune manipulation ne soit possible. Il y va de la sécurité des données comptables et d’une protection contre toute manipulation ou modification frauduleuse ou mal intentionnées des comptes financiers.

Pourtant, cette opération, notifiée en interne par la Direction Générale du FNI à travers le courrier n° 014/DG/07 du 03/01/2007 et à la Direction Générale du Trésor par courrier n° DG/N° 11/LB/BM/2007 du 25/01/2007, a été rendue opérationnelle à la clôture de l’exercice 2007 et l’ouverture de l’exercice 2008.

Cela est bien évidemment contraire aux règles comptables se résumant à : la parité double (écriture comptable équilibrée dans les deux sens), le principe de l’intangibilité (à l’ouverture, le bilan doit être égal au bilan de clôture) et le principe de non compensation (enregistrement séparé de chaque opération).

Alors que les fiches grand- livre, tenues manuellement à l’époque, font références à des reprises de soldes non documentés, les responsables du FNI évoquent également les contraintes de reconstitution des soldes comptables qui remonteraient, pour certaines, aux années quatre-vingt, voir aux années soixante-dix.

Le FNI ne trouve rien de mieux que de proposer d’impacter les écarts et les soldes d’opérations non-justifiées des comptes de régularisation, en s’appuyant sur le principe de la prescription civile et comptable prévu dans les Articles : 308 code civil, article 12 code de commerce, article 20 et 22 de la loi 07-11 du 25/11/2007 portant Système Comptable Financier.

Doté au départ de 150 Milliards de DA de capital, le FNI devait prendre en charge des missions stratégiques de développement de l’économie nationale à travers la promotion des PME, par le biais de prise de participation ainsi qu’un accompagnement managérial et financier, censé permettre l’émergence d’un dense tissu d’entreprises, créateur d’emploi et de richesses.

Le désengagement du FNI en fin de mission, devait même se faire au niveau de la bourse, une solution à même de dynamiser la bourse d’Alger moribonde…

Force est malheureusement de constater que cette institution s’est tournée principalement vers une simple activité de prêt…

Celle-ci représente plus de 78% du total du bilan, des prêts octroyés aux différentes entreprises et acteurs économiques sur ressources du trésor.

Le FNI se cantonne à jouer un rôle de gestionnaire de dossiers pour le compte de l’état, sans effort aucun, et perçoit en contrepartie des commissions de gestion,  sans aucune valeur ajoutée ni prise de risque…

Baisse des résultats et insuffisances de gestion

La conséquence directe est que le résultat net de l’exercice pour l’année 2017 baisse et enregistre une chute de 47,19 % par rapport à 2016 !

La nouvelle loi de finance de 2018 prévoit la séparation des opérations de l’activité ”équipement publique” du restant des activités du FNI.

À partir de 2019, le FNI ne pourra plus profiter des bénéfices de cette activité pour camoufler les insuffisances managériales de ses hauts cadres dépassés et leur mode de gouvernance désuet et catastrophique de ce qui devait représenter la locomotive du développement économique du pays.

Un éternel recommencement

En février 2018, la Direction des Finances et de la comptabilité du FNI réceptionne, de nouveau, un document ayant trait aux travaux d’assainissements des états financiers du FNI et émanant du même commissaire au compte qu’en 2015.

Le commissaire au compte ne valide pas la démarche proposée par les auditeurs internes du FNI qui ont procédé à l’éclatement du compte d’attente à régulariser à l’actif, d’un montant de 5.393.480.938,99 DA en 41 comptes comptables,  avec un constat d’écart et une compensation non autorisée entre 12 comptes débiteurs et 6 comptes créditeurs !

Le motif du rejet par le commissaire au compte est sans appel : Le principe comptable de fidélité et d’exactitude dans la production et de la présentation de l’information n’a pas été respecté, le traitement et l’assainissement de ces opérations n’a concerné que 41 comptes au lieu de 59 comptes…

Des ruptures de soldes ont été constatées pour la période 1986 – 1987 et pour la période 2007 – 2008, mais également des erreurs d’imputations, des confusions d’écriture entre les comptes comptables, des écritures de régularisations opérées sans pièces justificatives suffisantes…

Mais le plus grave reste tout de même l’incohérence incompréhensible relevée par le commissaire au compte sur les résultats de la banque, en charges et produits…

Différence qui s’élève à près de 1,15 Milliards de DA entre la base de données informatique ”Win-Compta” et le bilan sur support papier !

Des Gestionnaires Incompétents ?

Kamal Abidine, actuel Secrétaire Général du FNI, né le 4 Août 1948 à Alger, semble à ce titre être le principal responsable de la mauvaise gestion comptable de certaines opérations de crédits, d’où la volonté de purger tous les dossiers avant son départ de l’institution.

Nous avons publié des articles sur la gestion décriée de cet inamovible septuagénaire du FNI et de son faible niveau de gestion ayant abouti à une comptabilité défaillante, dont il serait pleinement responsable.

Les différents PV de réunions du comité de Direction du FNI, que nous avons pu nous procurer, nous confortent quant à la volonté de l’actuel secrétaire Général du Fonds à avoir la main mise sur cet interminable assainissement comptable, inscrit en rubrique 4.6 des opérations en cours des réunions du comité.

Détaché de la BEA entre le 27 Avril 1971 et le 30 Juillet 1973, Abidine est recruté à la BAD (ancien FNI) en tant que rédacteur 3e catégorie le 1er Août 1973 par le DG Nouioua.

En Juillet 1975, Kamal Abidine décroche le diplôme de certificat d’aptitude professionnelle ”Employé de Banque”.

En Juin 1980 à l’âge de 32 ans, il obtient son diplôme de Brevet professionnel ”Banque” et une attestation de niveau 02 de connaissance de la langue arabe.

En 1982 on retrouve sa trace en 1ére année de l’Institut Technique de Banque International du Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris.

Il assure dès le 28 Août 1983, l’intérim de chef de département crédits extérieurs à la Direction des Financement Extérieurs, puis est confirmé dans cette fonction le 1er Octobre 1984 par le DG de l’époque Mr Benmalek.

Le 1er Juin 1999 il est nommé Directeur des Financements Extérieurs auprès de la BAD par le DG Alilat.

Le 1er Février 2007, enfin, il est nommé à la tête du Département des Crédits Extérieurs, avant d’être nommé secrétaire général du Fonds.

Les techniques de banques et de gestion ont largement évolué, les diplômés du domaine bancaire sont tous dotés des nouveaux outils de gestion modernes et adaptés.  Si le secteur bancaire est moribond et archaïque, on se doit de laisser la place à ces jeunes compétences afin de le réformer et permettre aux entreprises d’évoluer et de se développer en Algérie” Nous affirme une source spécialisée.

Ahcène Haddad. L’actuel DG, malgré les contreperformances du FNI, continue quant à lui à bénéficier de bonus dans sa rémunération.

Ainsi pour l’exercice 2017, malgré les résultats peu performants du FNI, une proposition de paiement d’une part variable liée aux objectifs annuels qualitatifs à ce cadre dirigeant à été faite. A la rémunération fixe mensuelle d’un montant de 346.360,00 DA viendront s’ajouter quelques 124.689,60 DA de prime variable…

A l’heure ou les employés de Djezzy, détenue à 51% par le FNI, sont délaissés et privés d’une revalorisation de leur rémunération, les patrons eux, responsables pourtant de la contre-performance de l’opérateur mobile par une absence de vision et de contrôle, se permettent de s’octroyer des rémunérations que l’on peut qualifier d’indécentes !” Nous dira un salarié d’OTA bien démotivé.

 

Kamel Mahfoudhi, le responsable de la Direction des Systèmes Informatiques du FNI, qui siège également au sein de nombreux Comités de Direction, a informé le comité de Direction du FNI, lors d’une réunion tenue le 13 Mars 2018, du lancement d’une réflexion sur le contenu du site web du FNI et de la plateforme servant à informer les clients du FNI.

Mahfoudhi, s’est alors réuni avec la société : les pages Maghreb, en vue d’un accompagnement.

En Avril 2018, après avoir consulté 4 éditeurs spécialisés dans la conception des sites web, un cahier des charges portant sur les prestations attendues et les prescriptions techniques est lancé.

Or, il faut savoir que la société les pages Maghreb est gérée par Mr Michel Bisac, le Président de la section algérienne des conseillers du commerce extérieurs français, ou siégeait avec lui son ami et collègue… Vincenzo Nesci, jusqu’à notre dénonciation qui avait, d’ailleurs, poussé ce dernier à en démissionner…

Drôle de choix quand on sait que l’ami et ex-collaborateur de Bisac, est également le Président exécutif de Djezzy, détenue en majorité par le FNI…

Le choix de la société de Michel Bisac était-il justifié et a-t-il répondu aux procédures légales réglementant le choix de prestataires ?

Tant de questions et d’incompétences au sein de ce FNI, qui se devait être le bras financier du gouvernement et qui ne cesse de nous étonner par son inefficacité et la gabegie qui y règne sans que personne ne vienne y remettre de l’ordre. Sidérant !

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